Draâ El-Mizan Inspirée de celle des quartiers en France – AKli.D propose la caravane des villages

De passage au bureau de l'association culturelle Amgud, avant-hier, le chanteur de l'immigration, le Bob Marley kabyle, Akli. D, est revenu longuement sur le projet qui lui tient tant à cœur.

Il s’agit de ce qu’il appelle  » la caravane des villages ». Après donc ‘’la caravane berbère’’ qu’il avait initiée en invitant des groupes européens qui ont animé un concert à Draâ El-Mizan, il propose cette autre version. « L’idée m’est venue quand j’ai vu mon ami Manu Chao organiser ‘’la caravane des quartiers’’ en France. J’ai trouvé l’idée géniale. Je me suis alors dit : et si on faisait cela dans nos villages ! », a-t-il narré aux membres de l’association et autres invités. Interrogé sur les détails de cette entreprise, il affirmera que c’est facile et que cela ne demandait pas beaucoup de moyens, mais beaucoup de volonté et d’enthousiasme. Et de donner quelques lignes directrices : « ce sera un cycle de formation de jeunes qui durera au  maximum cinq ans. Nous commencerons par des ateliers pour enfants (peinture, calligraphie, musique, théâtre) sous des tentes dans un village déterminé. Et chaque fin de journée sera ponctuée par un mini-concert. On se déplacera de village en village et on fera partout la même chose. L’essentiel est que le mouvement associatif y prenne part ». Pour ce troubadour de la chanson kabyle, ces activités devront s’étaler dans le temps. « Au programme, il y aura des jumelages avec d’autres villages et quartiers de France et même d’Allemagne et d’Angleterre où j’ai des amis qui veulent bien m’aider », expliquera-t-il. L’auteur de ‘’Anfas i Lâarvi tranquille’’ tiendra à préciser que ce genre de caravane forme des talents et permet la communication entre jeunes des différents villages d’Algérie et d’ailleurs. Il dira en effet vouloir faire propager cette idée dans les Aurès et dans les autres régions du pays. Akli D a également déclaré vouloir aller loin dans son initiative. Il ambitionne d’organiser un grand festival dans un village qui sera choisi par la suite. « En Europe, ce genre d’expériences a rencontré un grand succès. Vous trouvez par exemple un village où il n’y a rien, pas la moindre vie et puis d’un seul coup, un festival lui redonne vie et attire des milliers de personnes. Ceci bien sûr à condition que des têtes d’affiche bien connues soient de la partie. C’est ce qui manque chez nous », expliquera-t-il encore. « Vous savez, la culture est un tout. Et c’est le vide qui pousse nos jeunes à vouloir traverser la mer avec tout ce qu’elle comporte comme dangers. En plus, aujourd’hui, l’Europe n’est plus cet Eldorado qu’on espère. La crise y a pris racines et le fascisme prend de l’ampleur. Nos jeunes doivent compter sur leurs compétences et rester dans leur pays », tel est l’avis de celui qui est lui-même parti au début des années 80, contre vents et marées, pour réaliser son rêve de faire connaître la musique kabyle à travers les grands pays d’Europe et même d’Amérique. Le chanteur troubadour dira néanmoins regretter l’effervescence des années 70 dans son pays. « Vous savez, je me souviens que des groupes de scouts passaient régulièrement dans nos villes et villages. Et nous faisions autant. En groupes, nous allions à la plage camper des semaines avec presque rien en poche. C’était seulement notre volonté d’explorer d’autres horizons. Aujourd’hui, c’est la régression quand on voit ce calme plat où rien n’est organisé. Nos jeunes n’ont pas saisi le message de Mohia à travers ses traductions d’œuvres de renommée universelle », regrettera-t-il. « Mon rêve est de voir cette jeunesse s’épanouir, réussir dans son pays », souhaitera l’invité de l’association Amgud. De leur côté les membres de l’association lui ont déjà proposé trois villages où ils pourront lancer ce projet. « Nous allons commencer à Hennia, M’Kira et Boumahni », dira l’un d’eux. Akli D insistera sur la nécessité de surtout créer une connexion entre ces villages. « Je voudrais que des échanges aient lieu entre les villages. Il faudra juste éviter de politiser la chose. La culture est universelle et n’a pas besoin de publicité mensongère », dira-t-il. A la fin de cette rencontre, le chanteur confiera que, pour le moment, il était pris par son nouvel album qu’il est en train de préparer. Mais il se dit prêt à se libérer dès que les choses l’exigeront.

Amar Ouramdane