Par Amar Naït Messaoud
Les journées mondiales sur l’environnement se suivent et surprennent les Algériens presque dans la même posture d’expectative quant à la résolution de leurs problèmes domestiques liés à la gestion environnementale. Lorsque les limites du tolérable ont été allègrement franchies par les déchets ménagers, installant dans la ville et à la campagne des décharges sauvages cyclopéennes à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre, un sursaut a été enregistré au niveau du monde associatif et des pouvoirs publics pour mettre fin à une situation qui n’a que trop duré enlaidissant les paysages et faisant courir à la population des risques de maladies. À partir d’octobre 2012, des campagnes hebdomadaires de ramassage d’ordures étaient organisées dans les quartiers et les villages. La Kabylie a connu des moments de convivialité entre jeunes garçons et filles sortis pour donner une autre image à de beaux et magnifiques sites que la bêtise humaine a ravalés au rang de cloaques. Au bout de quelques semaines, le souffle salvateur a connu la rupture. Les fossés et virages des routes de Yakourène, de Ouaguenoune, d’Aït Ougacha, de Mechtrass et d’autres villes et bourgades reprirent vite leur aspect hideux et rébarbatif. Sachets en plastiques de toutes les couleurs, sacs de déchets organiques éventrés, cartons, verre, bouteilles de bière et de vin, aucun déchet de la vie domestique ne manque pour ériger des monticules d’ordures. C’est un fait inédit. Le phénomène, dans sa dimension actuelle, a sans doute moins de dix ans d’âge. Les Algériens, poussés par un pouvoir d’achat croissant au cours de la dernière décennie, ont vu leur régime alimentaire évoluer rapidement, au point de se permettre tous les produits conditionnés et conservés, souvent d’importation. La consommation effrénée n’est pas accompagnée d’une culture environnementale à tous les échelons. Les pouvoirs publics et les entreprises n’ont pas développé une grande imagination pour prendre en charge les produits des décharges aux fins de recyclage. Aucune industrie n’y a été destinée. On a beau attirer l’attention des citoyens, leur faire admettre la nécessité de faire le tri au niveau du foyer pour présenter les ordures selon la nature du matériau (verre, bois, plastique, fer, matière organique,. . ), en aval, c’est-à-dire au stade de leur prise en charge sur le plan de la transformation, c’est quasiment le grand vide. Car, si un tissu de petites et moyennes entreprises spécialisées dans le recyclage (y compris les micro-entreprises financées par l’Ansej, l’Angem ou la Cnac), était mis en place, non seulement les ménages se seraient organisés en conséquence, mais, également, un réseau de collectes verrait le jour et trouverait les moyens de susciter la meilleure organisation de l’évacuation des ordures. Naturellement, la problématique environnementale est loin de se limiter aux déchets ménagers. Les déchets industriels et hospitaliers continuent à rencontrer de gros problèmes dans leur gestion quotidienne. La pollution de l’air, générée par des cimenteries installées en ville et par des carrières qui ceinturent des bourgades entières, demeure entière et sa résolution est toujours renvoyée aux calendes grecques par les promesses de faire acquérir aux unités polluantes des filtres anti-poussières. De même, l’extension du parc automobile (près de 7 millions de véhicules circulent en Algérie) n’a pas manqué de contribuer à la pollution atmosphérique, d’autant plus qu’un grand nombre de véhicule continue à fonctionner en gasoil. L’autre triste réalité environnementale dans notre pays est aussi cette perte historique du couvert forestier qui, en l’espace de vingt ans, a décharné les flancs de montagne et les versants des collines. Les éboulements constatés sur les routes dès que la pluviométrie atteint un certain niveau, les inondations qui envahissent les quartiers, sont les conséquences directes de la déforestation qui a affecté notre pays, et particulièrement la Kabylie. Ce phénomène a entraîné d’autres dommages collatéraux, comme la réduction de la biodiversité. Les espèces animales qui trouvent dans le milieu forestier leur gîte sont aujourd’hui déstabilisées, plusieurs sont vouées à une disparition certaine. Les barrages hydrauliques réalisés au cours de ces dix dernières années en Kabylie n’auront la longévité qui assurera la sécurité d’alimentation aux générations futures, que par de puissantes mesures de protection et d’aménagement, notamment avec les opérations de reboisements sur les bassins versants et l’installation des ouvrages de corrections torrentielles. Instaurée depuis 1972 par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), la Journée mondiale de l’environnement a évolué de la simple célébration annuelle à des grands forums mondiaux, comme le sommet de la Terre à Rio en 1992, et le deuxième sommet de Rio, appelé « Rio + 20 ».
A. N. M.
