Il se tiendra les 21, 22 et 23 du mois en cours à Aït Zikki – Séminaire sur la poésie kabyle

Décidément, la poésie kabyle contemporaine, portée à bras le corps par la nouvelle génération de poètes, ayant participé aux différentes éditions des festivals de poésie amazighe organisés, depuis plus d’une dizaine d’années, à Akbou, aux At Smaïl, à At Jennad, par les associations culturelles Itri n Oukbou, At Smaïl, Youcef Ou Kaci, Si Mohand Ou M’hand, ne cesse de susciter un intérêt particulier auprès des spécialistes en la matière.

Pour rappel, le dernier séminaire consacré à cette poésie, par l’association culturelle Youcef Ou Kaci, qui a vu la participation d’imminents universitaires spécialisés dans le domaine, dont notamment Mohand Salah Akli, Hacene Halouan, Remdane Achour, Salem Amrane, Abedennebi et plus de 30 poètes dont Mourad Rehmane, Ahmed Lahlou, Mehdi Samira, Metahri Kakima, Sadi Kaci, a eu lieu au mois de décembre dernier. L’objectif tracé était l’évaluation des 10 années de production poétique dudit festival. Partant de l’édition d’une première anthologie de cette poésie, un autre séminaire sur le sujet est prévu à At Ziki les 21, 22 et 23 du mois en cours. Ce séminaire verra la participation des comités organisateurs des différents festivals de la poésie, dans la Kabylie, l’APC d’At Ziki, l’association étoile d’Akbou, celle d’At Smaïl et celle de Youcef Ou Kaci. L’intérêt accordé à la poésie kabyle des dix dernières années n’est pas le fruit du hasard. Pour ceux qui suivent l’évolution de la littérature Kabyle, se pencher sur cette poésie est dans l’ordre naturel des choses tant elle est porteuse de renouveau sur les plans structurels, thématiques et lyrique. Les jeunes poètes, dont la plupart sont des universitaires, qui se sont abreuvés de la littérature universelle, ont tout bonnement révolutionné ce genre littéraire qui était pris en otage, durant les années 70 et 80, par la nécessité d’engager cette production dans la lutte identitaire. Sans pour autant nier l’héritage légué à cette génération de poètes par les monstres sacrés du verbe kabyle dont on citera, entre autres, Ben Mohamed, Mohya, Amar Mezdad, Lounis Aït Menguellet, Matoub Lounès. Les jeunes poètes ont su sortir, peu à peu, cette poésie du carcan revendicatif dans lequel elle était confinée pour lui greffer des rameaux du renouveau, et ce, grâce à leur capacité de libérer « awal » pour lui donner de nouvelles métaphores, de nouveaux sens, de nouvelles plongées dans le MOI de l’être insufflant ainsi à la littérature kabyle un souffle nouveau et universel. Avec nos jeunes poètes, la littérature kabyle a gagné en maturité en abordant des thèmes aussi mystiques qu’universels, comme le rapport de l’humain avec la divinité le destin, la raison d’être ou de ne pas être, la vie. La naissance d’un nouveau genre de poésie, nommé par les poètes eux-mêmes « tamedyazt n yighsan », « poésie noir », initié par le talentueux poète Mourad Rahman, avec son fameux poème « tijawaqin n laxert / flûte de l’au delà » pour être ensuite sublimé par la poésie d’Ahmed Khatabi, Aba, Mehdi Samira est la preuve la plus magistrale de cette évolution qualitative de la poésie Kabyle. Ce besoin de changement de thèmes, de structures et de métaphores que tout le monde ressentait et souhaitait, depuis longtemps, mais que personne n’a osé entreprendre, est désormais choses faite. Le fait de voir que même le grand Aït Menguellet s’engouffrer dans cette voie du renouveau thématique à travers ses deux dernières productions est en soi une caution plus que morale à l’audace des poètes comme Selmi Moussa, Hamid Ibri, A. S. Noredine, A. S. Hamid, Sadi Kaci et autres.

A. S. Amazigh