Organisée par le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), une conférence-débat a été animée par l’écrivain Younès Adli, au Centre des loisirs scientifiques d‘Alger, autour du thème de « la place de la langue et culture amazighe dans la télévision ». Cette communication intervient à la veille du lancement de la deuxième chaîne berbère, après la Berbère télévision (BRTV) qui diffuse à partir de Paris. Il était inévitable qu’avant d’aborder le sujet, un rappel historique de l’exclusion dont a fait l’objet la langue amazighe depuis l’indépendance s’imposait. Younès Adli dira que Tamazigh a été victime d’une violence. Cette langue et culture n’ont jamais été portées à l’écran. Et par cet acte, expliquera Adli, c’est tout un peuple, celui qui les porte, qui a été exclu de l’écran. Ceci a produit un divorce communicationnel. Le conférencier rappellera que quand cette langue a été introduite à la télévision, elle l’a été « d’une certaine manière ». Il s‘agissait beaucoup plus de folklorisation. « Passer une chanson kabyle à la télévision était un événement dans toute la Kabylie », a souligné l’auteur de la biographie sur Si Mohand U M’hand. Et d’ajouter : « Le phénomène d’introduction de Tamazigh à la télévision avait eu pour conséquence que le peuple algérien dans son ensemble considère à chaque fois que cette culture ne pouvait véhiculer d’autres choses que du folklore ». Adli mettra en exergue le rôle majeur joué par la Radio kabyle en disant que Tamazigh allait se réfugier et se développer à travers la radio. Beaucoup de militants utilisent la radio pour promouvoir Tamazigh. Le déclic s’est produit en 1980, lequel déclic permettra un saut qualificatif. Revenant au présent, l’orateur dira que l’époque a changé, que nous avions changé de siècle. Le contexte n’est plus le même avec notamment l’introduction de la parabole. La question qui s’impose aujourd’hui est celle de savoir quel public une chaîne kabyle pourrait-elle cibler ? Au moment où les médias lourds ont subi un chamboulement extraordinaire et avec aussi, la domination des programmes de divertissement. Le fait que Tamazigh souffre de standardisation a été déploré par le conférencier. Ceci ne manquera pas de disperser les énergies, ce qui ne va pas servir la langue et la culture : » On va toucher dans le travail de l’urgence et le résultat risque d’être négatif ». Pour Adli, il ne faut pas que cette chaîne devienne une chaîne qui ne pourrait cibler personne en ayant l’ambition de toucher tout le monde. Younès Adli insistera sur la nécessité de mettre les moyens nécessaires au profit de cette chaîne car le nerf de la guerre c’est l’argent. « Cette chaîne pourrait-elle survivre et surtout se développer » ?, s’est interrogé l‘orateur, pour qui cette nouvelle télévision est une bonne chose, car il faut toujours un premier pas.
Aomar Mohellebi
