Bien que ces pratiques s’y soient installées depuis des décennies, la saison estivale n'a pas connu, cette année à Bouira, de flux de nomades à la recherche de pâturages.
D’après les éleveurs ovins de la région, cette absence est essentiellement due à la maladie de la fièvre aphteuse qui fait des ravages dans le cheptel bovin, mais dont la transmission aux ovins n’est pas réellement établie. Pourtant, la sécheresse ayant sévi à la fin du printemps sur les Hauts Plateaux, d’où affluaient les années passées les nomades Achaba, militait pour un déplacement accru de cheptels ovins vers la région du nord. D’ailleurs, actuellement, une crise exceptionnelle en matière de fourrage est vécue par les éleveurs en provenance, principalement, des wilayas de M’sila et Djelfa. Une tension extrême règne sur les subventions accordées par l’État à l’aliment orge, d’où un trafic dénoncé à grande échelle par les éleveurs ciblés par le soutien. Cette tension sur l’aliment ne manquera certainement pas d’agir sur le prix du mouton à un mois de l’Aïd El Adha. D’après certaines supputations, ce prix dépassera les 70 000 dinars pour les moutons de corpulence moyenne. Les nomades Achaba ont l’habitude de s’installer dès le mois de juillet principalement dans les communes du sud et de la partie centrale de Bouira, et ce, dès que les parcelles de blé commencent à se libérer de leurs moissons. Les nomades louent les parcelles en question, installent leur tente qui abrite toute la famille et érigent un enclos en fil de fer pour leurs bêtes qui se comptent par centaines. Les moutons broutent les chaumes de céréales laissées par le travail de la moissonneuse-batteuse jusqu’à ras du sol. Les anciens ouvriers agricoles des fermes coloniales se souviennent que ces chaumes n’étaient jamais aussi « sacrifiées ». Les colons fermiers enfouissaient ces chaumes sous terre à la faveur des labours d’été succédant à la moisson, de façon à ce qu’ils bénéficient des orages de début d’automne qui les transforment en matière organique. Cependant, l’appât du gain immédiat (car ces parcelles sont louées aux nomades entre 5000 et 8000 dinars l’hectare) a prévalu aux cours des dernières décennies. Les communes qui reçoivent le plus grand nombre de ces visiteurs de l’été sont surtout celles relevant des daïras de Sour El Ghozlane, Aïn Bessem, Bordj Okhriss et Bir Ghebalou. Leur arrivée était attendue non seulement par les loueurs de terre, mais également par les commerçants des villes pour lesquels ils constituent un apport non négligeable. En effet, s’installant en famille, ces nomades qui s’approvisionnent en produits alimentaires divers, quincaillerie, lessive,…etc., ne manquent pas de gonfler le chiffre d’affaires et la recette de ces commerçant pendant une période minimale de deux mois, qui peut aller jusqu’à trois mois. Cette année, le commerce local a été affecté par l’absence de nomades Achaba, ce que nous confirme un commerçant du centre-ville d’El Hachimia, en avouant que ces meilleures ventes au cours des cinq dernières années sont réalisées pendant le mois de Ramadhan et au cours du séjour des nomades Achaba.
N. M. Taous

