Une virée dans les « foires » à bestiaux de la localité, le dimanche à Chemini, le mercredi à Sidi Aïch, le vendredi à Ighzer Amokrane et le lundi à Akbou, nous éclaire sur l’ampleur de la saignée qui attend une certaine catégorie de citoyens à la veille de l’Aïd El Adha. Afin de suivre le rite d’Abraham, qui n’est pourtant qu’une tradition « bénie » et non pas un devoir « canonique », beaucoup de pères de famille, à leur corps défendant, vont faire (ils y a ceux qui l’ont déjà fait), les acrobaties les plus spectaculaires pour pouvoir s’offrir le fameux mouton de l’Aïd. Peu importe si l’on doit hypothéquer les jours d’après, mais il n’est nullement question d’ignorer cette dépense qui n’est pas perçue comme facultative pourtant explicitée par les exégètes de l’Islam, mais bien comme un impératif domestique sacralisé ingénieusement par une tradition séculaire. L’Etat n’ayant pas importé cette année le mouton d’Australie, les maquignons, professionnels ou de circonstance fussent-il, profitent de cet état de fait et sautent à pieds joints sur l’occasion de prendre à contre-pied tous ceux qui espéraient jusque-là une stabilisation du marché, leur permettant d’acquérir cette bête à un prix raisonnable, or cette mesure ne permet pas à l’Algérien moyen d’envisager la fête loin des tourments financiers. Ces maquignons ne se gênent pas en effet de faire trôner « leur marchandise » dans les endroits les plus imprévisibles cherchant à « vaincre » les dernières hésitations des éventuels acquéreurs, sans manquer de placer la barre très haut, fixant les prix à des seuils quasi-inabordables. Un « mâle » a été cédé dernièrement à Chemini ! A 22000 DA. La cause principale de ces augmentations est la spéculation tous azimuts qui marque généralement cette période et l’intervention intéressée des éleveurs improvisés. Côté clients il n’y a pas vraiment de quoi les étonner, même pour ceux qui ont des revenus moyens. De toute manière et quoi qu’il en soit, et malgré la fébrilité et la tension qu’affichent les magasins de vêtements pour enfants, l’on ne ménage aucun effort pour satisfaire aux besoins de ce cérémonial par lequel l’on est censé renforcer davantage sa foi en la religion musulmane. Paradoxal non ?
Salah Benreguia
