Bouira – Débrayage de «complaisance» dans les lycées

Hier, dans la matinée, avant même que la cloche du lycée Houari Boumediene n’intime l’ordre à ses élèves de rejoindre leurs classes, des déflagrations de gros pétards suivis de feu d’artifice focalisent l’attention de Bouira à peine réveillée. Dans un premier temps, la peur au ventre, d’aucuns appréhendaient une intrusion terroriste. Ce n’en était pas une, fort heureusement. C’étaient des élèves du lycée Houari Boumediene qui, dans un élan de liesse débrayé ont décidé de festoyer brouillement. Fêter quoi ? En fait, ils anticipaient la célébration de la victoire des Verts, dont le match contre l’équipe de l’Afrique du Sud est prévu aux environs de 20 heures de la même journée. Après des bonnes minutes de bruit, les fêtards devaient, pensait-on, rejoindre leurs salles de classes. Non, ils optent pour l’école buissonnière. Au même moment, un fourgon cellulaire et des véhicules de la sûreté de wilaya campaient aux environs du lycée de jeunes filles. Les élèves, eux, étaient rassemblés devant le portail. À la vue de ce dispositif policier et de ce rassemblement inhabituel, on ne pouvait penser qu’au pire. Nous interrogeons un lycéen sur le pourquoi de cette effervescence, il nous répond : « Il n’y a rien ! ». Nous reformulons notre interrogation histoire de s’avoir s’il s’agissait d’une grève enclenchée par les enseignants. « Non du tout, personne n’est en grève. Ma habinache neqraw (on ne veut pas aller en classe) c’est tout ! », nous dit-il tout simplement sur fond de sourire qui renseigne sur sa joie de capitaliser une journée « chômée ». Ce débrayage de complaisance fera boule de neige. Il inspirera le lycée Seddik Benyahia dont les élèves décideront aussi de bouder les classes. Nous revoilà encore dans des écarts injustifiés. Quelle suite sera donnée à ce débrayage ? Parents et direction de l’éducation laisseront-ils les élèves dicter leur loi ? Quoiqu’il en soit, il n’y a pas très longtemps, ce laisser-faire, a laissé croire aux lycéens qu’ils peuvent décider de tout, jusqu’à décider de la mouture de l’examen du baccalauréat. Ils ont battu le pavé pour imposer leur « seuil ». Les grèves cycliques qui avaient entaché l’année scolaire d’alors avaient relativement justifié la prédisposition du ministère de l’Éducation nationale à répondre à l’exigence des lycéens. Depuis, madame la ministre, qui tant bien que mal essaye de discipliner, de revaloriser et de « républicaniser » l’école, a été intransigeante à propos de cette histoire de seuil. L’ambition d’extirper l’école des tiraillements politico-idéologique et en faire un établissement où l’on dispense le savoir et forme le citoyen de demain, reste vaine ; le corps pédagogique et parents d’élèves n’investissent pas le terrain de la discipline où tout un chacun est astreint de rendre le compte de ses écarts.

S. O. A.