Ils envahissent rues et ruelles de la ville – De plus en plus de mendiants

C’est un fait communément admis : il y a de plus en plus de mendiants. Et cette catégorie sociale la plus fragilisée n’a pas attendu les retombées négatives de la baisse du prix du pétrole pour se manifester de la façon que l’on sait au coin de nos rues et sur nos places publiques. Paradoxe inquiétant : le nombre de ceux qui demandent l’aumône n’a cessé de croître, alors que les caisses de l’Etat étaient pleines ! D’où vient cela ? De la précarité sociale qui va avec l’embourgeoisement de la classe possédante. Plus celle-ci s’enrichit et plus l’autre s’appauvrit. Résultat : aux pauvres que leurs handicaps empêchent de gagner leur vie en exerçant une activité rémunératoire, s’ajoutent les cohortes des sans emplois, des travailleurs mal payés et aux familles nombreuses. Ajoutons, pour être complets, les gens de couleurs issus de l’immigration clandestine, gens sans ressources et sans domicile fixe et les Syriens ayant fui les horreurs de la guerre dans leur pays. Nous retrouvons ces derniers aux abords des mosquées aux heures des prières, mais occasionnellement. Quant aux mendiants de chez nous, leurs coins, à Bouira, sont bien connus : on les trouve le long de la rue Didouche Mourad, la rue Bouadallah et à hauteur du pont Sayeh. Mais il y a les mendiants mobiles, ceux qui se déplacent d’une rue à l’autre et d’un quartier à l’autre. C’est ainsi que trouvions hier un monsieur qui demandait une «aide» devant ce qui a été le collège Smili et où se construit aujourd’hui le nouveau siège de la wilaya. À ses dires, il a travaillé un certain temps, mais est, aujourd’hui, sans ressources. De même ces quatre fils, en âge de travailler, seraient sans emplois, aggravant sa situation. Il cherchait plus un travail que vraiment de l’aumône. Son cas faisait penser à celui de cet agent rencontré l’autre jour devant la pharmacie, rue Chedri, et à qui il manquait une certaine somme pour acheter des médicaments. Et puis, à cette jeune mère encore que nous croisions, il y a quelques semaines, sur le Pont Sayeh, et dont la mise et le sérieux ne permettraient jamais de se douter qu’elle pût être réduite à cette extrémité. Elle nous abordait timidement, au milieu de la foule de passants, pour nous demander de quoi acheter du pain et du lait pour sa fille. Les cas de mendicité on peut en citer des dizaines et des dizaines dans la ville de Bouira, car il y a, aux côtés des mendiants de toujours, handicapés, vieux ou vielles sans abris, ceux que le malheur et la détresse font d’eux des mendiants occasionnels. Ce qu’il y a lieu de craindre, maintenant que la crise est à nos portes, amenée par la chute du prix du pétrole, c’est que la précarité ne fasse d’autres victimes parmi ceux dont les revenus leur permettaient jusqu’ici de vivre à l’abri de ce phénomène qu’est la mendicité et que l’on ne voie la paupérisation gagner en ampleur, atteignant la couche sociale intermédiaire entre les nantis et les moins nantis. Rappelons, toutefois, qu’en matière de PIB et de RNB (produit intérieur brut et revenus intérieurs bruts), par habitant, l’Algérie se place confortablement devant la Tunisie et le Maroc. La courbe de ces indicateurs économiques qui témoignent du niveau de vie d’un pays montre qu’il y a une progression dans le développement économique et qu’elle n’a pas cessé depuis l’indépendance à nos jours, le PIB se situant à hauteur de 5 360,70 dollars et un RNB à 12 990 dollars. Cette situation devrait réjouir le cœur des Algériens. Hélas, si peu, car l’inflation, non maîtrisée, y est galopante, et les premiers à en faire les frais sont les bourses modestes et les sans revenus connus. La solidarité s’exprime, mais occasionnellement, et les mécanismes imaginés et mis en place par l’Etat pour résorber le chômage et la précarité peinent à se concrétiser. Résultat : un nombre de plus en plus croissant de mendiants.

Aziz Bey