Retards dans la gouvernance numérique

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L’accès de l’Algérie aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) voit deux de ses axes montés en épingle, au détriment de tout ce qui constitue l’économie numérique par laquelle se développent les entreprises et leurs prestations ainsi que les services publics fournis aux citoyens. Ces deux axes sont, d’abord, le nombre de personnes connectées à la téléphonie mobile, un nombre supérieur à la population algérienne (plus de 40 millions d’abonnés), sachant que beaucoup de citoyens détiennent plus d’une ligne (puce), avec, en outre, plus de 5 millions d’abonnées à la 3 G depuis décembre 2013. Ensuite, les nouvelles technologies de la communication font valoir leur place stratégique dans certaines prestations de service public, particulièrement au sein de l’état civil qui commence à se décongestionner relativement, en délivrant des pièces dans n’importe quelle commune d’Algérie, par le moyen d’une interconnexion entre toutes les communes du pays.  Il y a quelques mois, un projet de loi relatif à la signature et à la certification électronique a été adopté par l’APN, prévoyant « d’asseoir une base juridique permettant de garantir les conditions techniques à même d’établir un climat de confiance pour permettre l’échange électronique des documents et consacrer les principes fondamentaux de la signature et de la certification électroniques en Algérie ». Ce projet fait partie de l’ « e-gouvernance », document élaboré par le gouvernement en décembre 2008 et qui projetait les ambitions de l’Algérie en matière de gouvernance électronique à l’horizon… 2013, déjà dépassé. Le document gouvernemental signale que « ces deux éléments [technologies de l’information et de la communication et savoir] constituent des facteurs décisifs de transformation rapide des modèles économiques et sociaux en raison de leurs effets transversaux sur tous les secteurs de l’industrie et des services, de leur capacité à accélérer la circulation de l’information et de la forte valeur ajoutée induite par ce nouvel actif immatériel qu’est le savoir. Les nations les plus puissantes du monde ont vu leur croissance dopée par la priorité accordée à ces deux facteurs, source principale de création de richesse et de gain de compétitivité ». L’économie numérique (administration, banques, entreprises, commerce,…) a tardé à suivre le développement des infrastructures et équipements publics pour lequel sont consacrés des centaines de milliards de dollars depuis le début des années 2000. L’e-gouvernement est loin de se satisfaire ces quelques acquis, tardifs par-dessus le marché que sont la 3G, la modernisation de l’état-civil et la certification et signature électroniques. La gouvernance numérique est une manière innovante et révolutionnaire d’assurer le fonctionnement de l’économie et l’administration d’un pays. L’entreprise de production de biens et services, les structures de l’administration publique, l’université les établissements d’enseignement, les centres de recherche, et tout ce qui assure un quelconque service pour la collectivité sont censés baigner dans le nouveau climat de la performance numérique. Est-il normal qu’un grand nombre d’institutions chargées de gérer le foncier- avec ses affectations, particulièrement dans le contexte actuel de grands transferts de propriété et des investissements- ne possèdent pas d’appareil GPS ? Rares sont les services du cadastre, de la conservation foncière, de la conservation des forêts, de l’agriculture et des travaux publics qui l’utilisent. On en est encore, pour calculer des superficies ou reconnaître des limites et des bornes, aux méthodes de la topographie classique, qui consomme beaucoup de temps, alors que le GPS est utilisé par les… harragas depuis plus d’une dizaine d’années pour « ne pas naviguer à vue ». Dans des pays moins chanceux que l’Algérie sur le plan des finances, le système SIG (système d’information géographique) est développé au rythme du développement économique général.

Un fossé de la dimension de la fracture numérique

 

En 2013, notre pays est classé à la 131e place à l’échelle mondiale en matière d’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Cela montre le fossé béant qui nous sépare du niveau moyen auquel sont parvenus les pays voisins ou certains autres pays d’Afrique. La fracture numérique dont on a souvent fait état, entre pays du Nord et pays du Sud, n’est pas toujours aussi nette. Au sein des pays du Sud, il y a des économies plus avancées que d’autres dans le domaine de l’utilisation des solutions informatiques et de connexions réseaux (intranet et internet). Le retard dans le secteur bancaire en Algérie est l’un des plus dommageables à l’économie nationale. Le payement électronique, par carte magnétique, n’arrive pas encore à se frayer un chemin dans une économe rongée par l’informel et l’utilisation quasi exclusive de l’argent liquide. Est-il normal de payer à un concessionnaire auto sa voiture, à plus d’un million de dinars, directement en liquide? Aucune traçabilité de l’argent, pour les deux acteurs. Le fisc peut toujours compter sur les recettes pétrolières. De même, les agressions contre des personnes transportant des grandes sommes d’argent dans des sachets pour payer un matériel ou même du bétail démuniraient largement si l’on utilisait les formes dématérialisées d’argent. En 2015, c’est encore une grande épreuve de pouvoir retirer de l’argent d’une agence bancaire quelconque si votre compte est domicilié dans une autre agence de la même banque et de la même succursale. On en est toujours au système fax pour vérifier la provision. Un retour de fax qui peut attendre une heure ou deux heures, avec des frais qui seront soustraits du compte de l’intéressé. Les retards dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont visibles partout. La méthode de soumission aux appels d’offre est des plus archaïques. Elle prend parfois jusqu’à six mois et plus, avant de voir le marché conclu et le projet démarré. Avec un minimum d’intégration des NTIC, on réduirait ces délais de plusieurs mois et on obligerait les entreprises à se mettre au diapason de l’économie numérique. Très peu d’entreprises algériennes sont vraiment branchées aux NTIC, sachant que ces dernières ne se limitent pas à l’usage presque ludique d’Internet. Ce sont surtout les solutions informatiques apportées à la gestion de la production, de la commercialisation et de toutes les autres phases. C’est aussi la part réservée à la formation dans ces nouveaux métiers. Indubitablement, l’économie algérienne demeure en friche dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication, malgré le semblant de « spectacle » qu’offrent la téléphonie mobile et l’Internet. C’est l’usage qui « légitime » une technologie, comme c’est la fonction qui crée l’organe.

Amar Naït Messaoud

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