Manifestement, les prix du poisson n’ont cessé de faire voir de toutes les couleurs aux consommateurs. Une tendance haussière depuis des mois est enregistrée au niveau des pêcheries et des étals.
Le prix du kilo de la sardine, poisson très prisé par les Algériens, autrefois à la portée des bourses moyennes, connaît ces derniers mois une hausse vertigineuse de son prix à telle enseigne que ça dépasse tout entendement. Il est proposé entre 400 et 500 dinars le kilo au niveau des poissonneries de la ville des Hammadites. En s’enfonçant dans la vallée de la Soummam, le constat est presque le même si ce n’est plus saignant pour se faire pousser des ailes. En effet, les marchands ambulants sillonnant les différents villages perchés dans la montagne le proposent à un prix qui donne le tournis, à savoir 600 dinars le kilo. Le hic est que le produit proposé ne répond nullement aux règles d’hygiène, car il est étalé à même le sol sans respecter la chaîne de froid et autres mesures sanitaires. C’est dire la double claque infligée au consommateur qui n’a d’autres alternatives que de bouder ce produit de la mer. Cependant, il y a lieu de relever que vu la cherté de ce dernier, les étals de poissons frais ne sont plus fréquentés que par certains retraités à l’appétit d’oiseau, ou les rares familles au revenu élevé ne se préoccupant guère du prix qu’affiche la mercuriale. En effet, le poulet n’est pas en reste, car son prix a pris l’ascenseur pour atteindre les 400 DA à une certaine période, mais ces derniers mois, son coup a connu une légère baisse pour se stabiliser à la barre des 280 DA le kilogramme. Toutefois, le prix de la volaille est loin de faire l’unanimité auprès des consommateurs qui se trouvent de facto privés de cette matière après avoir longtemps tourné le dos à celles du bovin et de l’ovin. Sur ce, la viande, dans toutes ces qualités, ne figurera pas au menu des petites bourses. Ainsi à défaut de la sardine hautement riche en vitamines (D et B12), en sels minéraux, calcium et source d’oméga-3, les ménages pourront tout de même toujours se rabattre sur le poulet qui, malheureusement, est «bourré» d’antibiotiques, prescrits par les vétérinaires pour un usage curatif, préventif et additif.
Or, manger du poisson régulièrement est indispensable pour le cerveau, les yeux, les artères, le cœur, le sommeil, diminuer le risque de cancer et de nombreuses autres maladies. En dépit de tous les plans de relance qui n’ont jamais rien donné le secteur de la pêche a tout le potentiel pour devenir rentable d’ici quelques années. La wilaya de Béjaïa est généreusement sertie d’une frange côtière qui s’étend sur une longueur de 100 Kms, soit une surface maritime globale de 9630,4 Km² et une superficie de pêche côtière de 555,6 Km². La superficie des eaux territoriales est de 2222,40 Km2 (ligne des 12 milles nautiques) avec une zone de pêche réservée (ZPR) de 7408 Km2. Cette frange côtière est caractérisée par un plateau continental réduit et très accidenté plutôt exploitable par l’activité des petits métiers. Le stock des ressources halieutiques de la frange côtière est estimé à10 000 tonnes/an. Le poisson bleu est la ressource la plus dominante avec 80% (8 000 tonnes/an) et les 20 % restants représentent le poisson blanc : Squale, espadon, crustacés et mollusques (2 000 tonnes/an). Des potentialités intrinsèques qui n’ont rien à envier à d’autres côtes ; mais force est de constater la déchéance de la filière pêche. Devant cette dérégulation du marché du poisson, chacun tente de chercher un bouc émissaire. Les uns imputent la flambée des prix du poisson aux professionnels du métier, et d’autres mettent en cause la politique du gouvernement qui ne maîtrise pas la situation, qui semble lui glisser entre les doigts. La détresse est plus que tangible dans les propos des pêcheurs qui s’estiment lésés par les multiples obstacles dressés par les pouvoirs publics. «On est soumis au rôle, aux droits d’accostage, au plan d’eau, aux impôts sur le chiffre d’affaires et l’IRG. Il y a aussi les taxes de la radio VHF et du domaine qu’il faut payer pour le permis de pêche et celles relatives à l’achat de pièces de rechange. En plus, il y a le mazout, les frais d’entretien et de carénage», s’écrie un pêcheur. Avec un soupçon de conso-fiction, le poisson est en passe de devenir un produit noble et de luxe, dont les tarifs frôlent ceux de la bijouterie. L’apport nutritif du poisson est de loin le produit dont a besoin le corps humain, mais rien ne peut remplacer ce produit tant prisé surtout inégalable par des ersatz d’élevage.
Bachir Djaider
