Les cours de soutien en vogue

Partager

« La défiance des parents envers le système scolaire public n'est point une vue de l'esprit, mais l'on ne peut pas encore l'expliquer ».

C’est le résumé de nombreuses déclarations de citoyens qui reconnaissent avoir inscrit leurs enfants dans des écoles parallèles. Ils croient, semble- t-il, que l’avenir de leur progéniture se joue dans des locaux ou garages, parfois délabrés, et non pas dans des établissements scolaires aussi somptueux soient-ils. Pour preuve, et issus de couches sociales aisées ou pauvres, des parents se précipitent vers ces rez-de-chaussée d’immeubles ou autres caves de villas, tenant lieu de classes de cours payants, sans se soucier de leur salubrité. Plutôt soucieux de multiplier ces cours dits particuliers, avec différents groupes pédagogiques en une journée, a-t-on constaté les enseignants ne prennent même pas le temps de nettoyer leurs salles.

Les parents, tout comme les élèves inscrits, ne s’en préoccupent pas. «Ce qui importe, pour tout responsable de famille, c’est la réussite de ses enfants dans les examens décisifs de fin d’année», témoigne une maman, venue récupérer sa fille de 13 ans à la fin d’un cours d’anglais qu’elle a suivi en compagnie d’une vingtaine d’autres élèves, dans un local en bas d’un bâtiment de la cité des coopératives du centre-ville de l’ex Rocher-Noir. A l’intérieur d’une salle mitoyenne, un autre groupe d’adolescents, plus âgés, suivaient attentivement un cours particulier de mathématiques. A vrai dire, leur enseignant leur expliquait les différentes méthodes de résolution d’un problème sur les intégrales. «Bien que mes parents déboursent pour moi plus de 25 millions de centimes, annuellement, dans un lycée privé à Boudouaou, je me suis inscrite pour des cours particuliers ici», nous dira, avec satisfaction, une jeune fille. Et l’un de ses camarades, candidat au Bac en sciences expérimentales cette année au lycée polyvalent de Thénia, enchaînera : «Ce professeur nous donne des exercices et des problèmes à résoudre à la maison, et en classe, il procède à leur correction, en veillant à ce que tous les élèves les comprennent». Selon lui, un tel avantage est pratiquement inexistant au niveau de l’établissement public, où les enseignants se soucient, en premier lieu, de terminer le programme, en application des directives de la tutelle.

L’on apprendra même qu’une enseignante de physiques, dans un lycée voisin, aurait récemment carrément délaissé un chapitre, en disant à certains élèves présents qu’ils avaient la latitude de le comprendre dans leurs cours de soutien particuliers.

Un enseignant dans un autre établissement dira lui, avec désolation, que certains de ses collègues font preuve d’un manque flagrant de conscience professionnelle. Il nous citera le cas de cette engainante de français qui aurait refusé de rejoindre sa classe, sachant qu’une bonne moitié des élèves était absente.

Le ministère de l’Education nationale vient d’envoyer aux établissements scolaires une note réglementant l’assiduité dans les classes, avec des sanctions contre les absentéistes, allant jusqu’à leur exclusion des examens de fin d’année. La dite note ministérielle s’assigne, in fine, l’objectif d’entamer l’éradication de ces cours parallèles. Mais au niveau des classes de terminale, elle n’a eu pour l’heure aucun effet, puisque presque tous sont convaincus qu’ils sont définitivement inscrits au Bac, comme les candidats libres d’ailleurs, par le biais du réseau internet.

A trois mois de cet examen décisif, les élèves pensent, plutôt, à augmenter le nombre de matières à apprendre auprès de ses enseignants parallèles.

Un bon nombre de ces derniers ne se contentent plus, comme naguère, d’arrondir leur fin de mois par le biais de ces cours de soutien, mais de faire fortune, plus que n’importe quels autres opérateurs économiques, lesquels payent néanmoins le fisc, d’une manière générale.

Salim Haddou

Partager