Les producteurs de pomme de terre de Bouira sont inquiets et le font savoir.
«Nous sommes en faillite et non pas au bord de la faillite ! Chaque producteur de Bouira a connu une perte sèche estimée entre 400 millions et un milliard de centimes », ont-ils crié lors réunion de crise qui s’est tenue, avant-hier jeudi, au niveau de la chambre de l’Agriculture de la wilaya. Durant cette rencontre, à laquelle ont pris part le président de l’Association des maraîchers de Bouira et le président du Conseil interprofessionnel régional de la pomme de terre, les producteurs se sont dits « très pessimistes » sur leur avenir et celui de la filière : « Si l’Etat ne nous verse pas notre subvention estimée à 5DA/kg, nous allons tous droit vers la disparition de notre filière », ont-ils fait savoir. Selon les participants à cette réunion, les promesses de l’Etat tardent à se concrétiser, au grand dam des agriculteurs, qui peinent à boucler leur fin de mois. « Comment voulez-vous que l’on s’en sorte sans la subvention de cinq dinars promise par le gouvernement ? », s’interrogera M. Bouzini Mustapha, le président du Conseil interprofessionnel régional de la pomme de terre. Il ajoutera : « Le Premier ministre s’est engagé lors de sa visite à Bouira, à ce que les promesses faites par l’Etat au profit des agriculteurs en général et des producteurs de pommes de terre en particulier soient tenues. Cependant, rien ne s’est concrétisé sur le terrain », a-t-il regretté. Par ailleurs et d’après bon nombre d’intervenants, il y aurait près de 10 000 tonnes de pommes de terre stockées dans des garages et qui menacent d’être dégradées par les conditions climatiques : « Le Syrpalac refuse de s’engager dans l’acquisition de notre production, Mag Soumam et Mag Sahel se rendent dans nos champs pour s’enquérir des prix. Ils promettent de revenir mais ils ne reviennent jamais », nous a confié un producteur exaspéré. Un autre, d’un ton dépité lancera : « Je suis obligé de vendre mes tracteurs, mes motopompes et mes tuyaux d’irrigation afin de rembourser mes dettes de la saison dernière ! Comment voulez-vous que je continue à exercer dans de pareilles conditions ? ». Pire encore, certains agriculteurs songent déjà à délaisser la culture de la pomme de terre, car elle s’avère trop onéreuse : « Les frais d’une main-d’œuvre, qui se fait par ailleurs de plus en plus rare, la location de la terre (80 000 DA l’hectare et par saison), les dépenses liées au mazout et à l’eau, la rémunération des journaliers, et autres traitements phytosanitaires, sont autant d’obstacles qui nous poussent à arrêter ce créneau », ont-ils dit. Au terme de cette rencontre, on apprendra par ailleurs que, sur plus de 700 producteurs de pommes de terre de la wilaya, à peine 400 préparent la saison prochaine. Les cultivateurs sont las d’attendre la subvention de l’Etat. Toutefois, il y a lieu de signaler que ces « petits » producteurs, sont les « victimes » de certains producteurs infiniment plus importants, qui n’ont nullement besoin des aides de l’Etat pour survire. En effet, certains producteurs et propriétaires terriens « écrasent » les autres, avec des prix défiant toutes concurrences, mais aussi en usant et abusant de méthodes spéculatives. D’ailleurs à Bouira, certains « gros » producteurs de pomme de terre se seraient bâtis des empires, grâce à ce tubercule, mais aussi à leur « clientélisme » et « entrisme» dans les plus hautes sphères.
Ramdane. B.

