La maffia du poisson continue de sévir à Béjaïa et d’imposer ses propres lois qui n’ont qu’un lointain rapport avec celles, élémentaires, de l’offre et de la demande. Que les prises soient importantes ou constituées de menu fretin, qu’il fasse beau ou qu’il y ait tempête, les prix résistent en dépit de tout bon sens. Ainsi, celui de la sardine est rivé solidement au chiffre 120, 120 DA cela s’entend. Ces derniers temps, et tout le monde l’aura remarqué, les prises sont exceptionnelles et ce « clupeïdé » de taille idéale, pour une fois qu’il ne s’agit pas d’alevins, est présent en abondance sur les étals des poissonniers et des vendeurs occasionnels qui écoulent leur marchandise à même le trottoir, entre deux mares d’eaux putrides. Seulement, les prix n’ont même pas frémi, s’accrochant au sempiternel seuil fixé par un système et des hommes dont la voracité n’a d’égale qu’une propension immodérée à maintenir des quota qui leur garantissent des revenus stables, plus que confortables. De la manne, généreusement accordée par la mer, personne parmi les citoyens d’en bas n’en profitent. Il y a deux semaines, les prises ont été tellement bonnes que les patrons pêcheurs se sont trouvés vite dépassés par leur ampleur. Et comme les capacités de stockage et de conservation font cruellement défaut, les prix pour une fois se sont effondrés. Le casier de 25 kg de bonne et fraîche sardine a été cédé au prix symbolique et incroyable de 100 DA et parfois même moins. Cela a fait au moins le bonheur des intermédiaires véreux, mais en aucun cas celui du consommateur car le poisson acheté en gros à 4 DA, voire moins a été cédé à 70 DA le kg. L’on parle même d’une grosse quantité rejetée à la mer ! A Béjaïa, plutôt que de nourrir à moindre frais les démunis, il y en a de plus en plus, on préfère rendre à la mer ce qu’elle a donné, au nom d’intérêts bassement matériels. Quant à la générosité, vertu cardinale, voyez plutôt avec… la mer !
Mustapha Ramdani
