Officialisation de Tamazight – Des enseignants en parlent à Tizi-Ouzou

La question de l’officialisation de la langue amazighe, à l’occasion de la nouvelle constitution de 2016, a été longuement discutée, avant-hier, à la salle du petit théâtre de la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. En effet, un groupe d’enseignants de tamazight, invités par l’association des enseignants de la langue amazighe de département de Tizi-Ouzou, ont donné dans leurs différentes communications, leurs appréciations quant au nouveau statut de la langue amazighe dans la nouvelle constitution : langue nationale et officielle. La rencontre, bien sûr, en langue tamazight a été modérée par M. Boudinar Mhenna, ayant donné alternativement la parole aux cinq conférenciers : Remdhan Achour, Mohand Akli Salhi, Saïd Chammakh, enseignants au département de langue et culture amazighes à l’université de Tizi-Ouzou, et M. Rabehi Allaoua de l’université de Béjaïa. Dans leurs communications, les conférenciers ont exprimé une certaine vigilance à l’égard de la décision de l’état de rendre la langue amazighe une langue nationale et officielle. Les communicateurs se référaient communément, en effet, aux dires du chanteur kabyle, Lounis Aït Manguellat, dans l’une de ses chansons où il dit : «Yiwen n ufus akyeslef wayedh ag dyebru i wulac», l’équivalent en français serait : une main te caresse pour que l’autre ne te donne rien. Et pour étayer leurs propos, les communicateurs se sont référés aux anomalies constitutionnelles ayant accompagnées l’officialisation de la langue amazighe. «Lorsqu’on dit que la langue amazighe est, également, langue officielle, cela veut dire que cette langue n’est pour l’état qu’accessoire. Sinon pourquoi dire «également?», s’interrogent les conférenciers. Saïd Chemmakhe dit qu’ «il n’y a d’égalité qu’en mathématiques et pour notre état la langue amazighe et la langue arabe ne seront jamais égales». «Aussi, nous sommes inquiets pour l’avenir incertain de la langue amazighe dans la constitution nationale. Car, cette langue ne figure pas parmi les constantes que protège la nouvelle constitution. On ne sait, donc, que dira le prochain président de l’Algérie de la langue amazigh», diront les conférenciers. Said Chemmakh revient dans son intervention sur la journée internationale de la langue maternelle initiée par l’UNISCO le 21 février de chaque année, mais aussi sur la façon de la transcription de la langue amazighe. «Entre transcrire la langue amazigh en caractères arabes, latins ou en Tifina, nous devons opter pour un choix civilisationnel et non pas technique. Le 21 février fut la journée où les citoyen au Benglaladche ont été réprimés, car ils sont sortis réclamer la reconnaissance de leurs langue, le bengalais. Nous avons vécu la même situation en Kabylie en 2001 et même par le passé. Cela pour dire que notre combat seul a abouti à l’officialisation de tamazight». La parole avait tourné également autour de la création de l’académie de la langue amazighe. «L’académie devrait être gérée par des connaisseurs de la langue. Quant à la transcription de tamazight, au sein de l’association des enseignants de tamazight, nous avons pris la décision depuis 2006 de la transcrire en caractères latins», dira M. Bodinar, le modérateur de la rencontre. Une personne que nous avons abordée en marge de la conférence et qui n’a pas eu l’occasion de poser des questions ni de donner un avis vue que les conférenciers étaient conditionnés par le temps, nous dira quant à elle : «Je regrette beaucoup le fait que les conférenciers n’aient pas abordés la notion de la culture amazighe en parlant de sa langue. La langue n’est qu’un moyen de communication, un support qui véhicule une culture. Notre langue était orale, nos ancêtres l’ont sauvegardée par le biais de l’oralité. Une

Noureddine Tidjedam