«Le printemps ne dure pas longtemps en Kabylie», écrivait feu Mouloud Mammeri pour non seulement résumer cette saison mais aussi afin d’exprimer les regrets des villageois de ne pas avoir à profiter longtemps de ses journées. Ainsi, bien que l’hiver avait beaucoup duré cette année, à la grande satisfaction des oléicultures qui avaient pleinement profité durant des longs mois du beau temps pour ramasser leurs récoltes, il n’en demeure pas moins que pour les autres citoyens, la situation s’empirait de jour en jour tout en regardant et en assistant avec impuissance à leurs jardins qui se desséchaient. «Il est vrai, comme à travers tout le territoire national, nous appréhendions la sécheresse d’autant plus qu’à M’Kira, nous vivons toujours le problème de distribution de l’eau avec acuité tant elle est aléatoire, alors que dire de l’utiliser pour l’arrosage de nos plantes ce serait de l’inconscience et du gaspillage», nous confie Aami Rabah tout en rendant grâce à Dieu d’être venu à leur secours en sauvant, avec des pluies abondantes, cette saison. Aussi, la situation a beaucoup changé avec le retour des pluies qui ont complètement transformé la nature en l’enveloppant de verdure et en l’embellissant avec beaucoup de couleurs des différentes fleurs. «Les herbes sont abondantes et nous profitons pour faire la fenaison alors que tous les jardins potagers donnent de beaux légumes», nous déclare un autre villageois que nous avons rencontré qui, alors armé d’une faucille, coupait de hautes herbes autour de son jardin et à qui nous n’avons pas hésité à demander pourquoi bon nombre de ces légumes sont ainsi abandonnés et donc non consommés alors leurs prix flambent actuellement sur les marchés. «Vous avez bien observé que je ne suis pas le seul à avoir, dans son jardin, des légumes parfaitement bio qui devaient normalement être consommés mais qui ne le sont pas. C’est le cas des cardes, des salades, des navets, des herbes fines, entre autres, car la raison est simple, du fait que nous ne plantons que pour notre autosuffisance mais comme la production est plus élevée que notre consommation, alors le reste demeure sur place pour donner ensuite des graines qui serviront au prochains semis. Donc, tout n’est pas perdu», nous déclare notre interlocuteur amusé mais tout en ajoutant que s’il y avait des collecteurs qui passaient à travers toute la localité de nombreux citoyens, des villes notamment, profiteraient de la saveur de ces beaux légumes bio et n’auraient pas à payer cent cinquante dinars (150) le kilogramme de salade alors qu’elle est à l’abandon dans tous les jardins.
Essaid Mouas
