Il suffit d’afficher l’historique de n’importe quel poste d’un cybercafé pour constater que les sites de la tchatche et de rencontres sont les plus visités par nos internautes. Plusieurs raisons peuvent être à l’origine de cette tendance qui s’est généralisée ces dernières années. La première étant sans doute le manque de communication dans notre société, qui a fait que les discussions sur le web sont perçues comme une aubaine par nos jeunes qui aspirent à un monde plus ouvert. « Le web nous permet de nous dévoiler sans complexe, parce que primo, nous ne sommes pas devant notre interlocuteur et secundo, la communication sur le net n’est pas sujette aux tabous comme chez nous », constate Larbi, élève du lycée Debbih Chérif d’Akbou. Un avis qui n’est pas totalement partagé par son camarade Lamine qui déclare : « Je trouve plutôt que les rencontres virtuelles si elles ne sont pas tout de suite concrétisées par des rencontres « réelles » risquent de faire long feu ». Et de poursuivre : « Souvent la rencontre met fin à l’illusion ». Par ailleurs, d’aucuns soutiennent que lorsque l’internaute se limite aux relations virtuelles -amicales soient-elles ou amoureuses- il court le risque de se claustrer dans un monde virtuel qu’il a façonné, d’où la difficulté d’adaptation à la réalité de son environnement immédiat. Pour Sonia, institutrice : « l’idéal est d’accompagner les contacts via internet par des rencontres « réelles » « . A l’absence de communication, s’ajoutent les tabous de la société traditionnelle qui freinent les relations amoureuses dans leur épanouissement. Par conséquent, l’amour « virtuel » est vu comme la seule alternative, « c’est en tous les cas mieux que de ne pas vivre l’amour du tout », pour reprendre les propos de Ryma, jeune cadre d’une société. Ceci se conjugue avec les difficultés socio-économiques que rencontrent nombre de jeunes, ce qui les contraint de demeurer célibataires. Le jeune est alors entre le marteau et l’enclume : il ne peut ni se marier, ni lier une relation amoureuse digne de ce nom ! Le problème se pose avec plus d’acuité dans les milieux ruraux…Face à cela, les jeunes entretiennent leur rêve de partir à l’étranger. Nombreux sont ceux qui se connectent sur des salons de « chat » des pays européens, notamment français, souvent dans le but d’y trouver l’âme sœur. Néanmoins, certains sont confrontés au problème de la non-connaissance du français et de l’anglais, les deux langues les plus utilisées par les internautes. En outre, le langage dont font usage les tchatcheurs est assez spécial et un profane ne se retrouverait certainement pas dans les premiers temps ! Les abréviations et autres termes qu’on y rencontre le plus souvent sont par exemple : « lol » pour rire, « slt » pour salut, « bjr » pour bonjour, etc. De surcroît, il n’est guère aisé de vérifier l’identité des tchatcheurs et les plaisantins sont légion. Les sites de chat offrent certes plusieurs possibilités aux cybernautes, telles la discussion collective dans un salon, la discussion en privé, chat vocal, l’ajout des noms à la liste d’amis(es), la webcam, facilité d’envoi de photos, l’insertion d’émoticones, etc. Toutefois, et c’est l’avis de la plupart des personnes interrogées, les relations par le biais du net demeurent fragiles et beaucoup ont dû subir des revers de fortune. « J’ai fait la connaissance d’une jeune femme européenne avec qui j’ai échangé plusieurs centaines d’e-mails, de photos et de vidéos pendant plus d’une année. Nous nous écrivions également des lettres classiques, comme nous nous téléphonons de temps en temps. Elle me disait qu’elle était amoureuse de moi et qu’elle voulait m’épouser. Moi également je l’aimais d’un amour platonique très fort. Je dépensais beaucoup d’argent pour être présent assez souvent auprès d’elle. Un jour, comme par enchantement, elle m’écrit un dernier e-mail pour me signifier que tout était terminé entre nous ; et depuis, elle s’est évaporée et je n’ai plus eu de ses nouvelles », nous raconte un internaute dans un cybercafé à Arafou. En revanche, Rafik, gérant de cybarcafé, dit avoir rencontré sa femme par internet : « Après plusieurs contacts infructueux, j’ai fais la rencontre d’une Canadienne par le biais d’un site de contact connu de tous les cybernautes. Elle travaille chez elle. On passait des journées entières ensemble grâce à la webcam. L’été dernier, elle est venue à Akbou et nous avons célébré et officialisé notre mariage. J’attends la fin des procédures administratives pour la rejoindre à Montréal ». Des cas comme Rafik existent et il y en a même qui n’ont pas les moyens comme lui de surfer assez souvent sur le web. Pour Omar, chômeur, « Le chic est que la connexion coûte encore trop chère chez nous, alors qu’on a souvent à faire à des correspondants (es) des pays développés qui se tapent une connexion de haut débit et à moindre coût ». Enfin, une autre donne qui n’est pas pour aider les jeunes à tisser des liens avec des étrangers : c’est celle de l’intégrisme et du terrorisme international, notamment depuis l’attentat du 11 Septembre, qui a fait que tous les internautes des pays musulmans sont mis dans le même panier. Cette image stéréotypée s’applique à toute personne qui se présente sous un pseudo à consonance arabe. Au fur et à mesure que le fléau intégriste et son corollaire le terrorisme perdent de leur intensité, la psychose qu’il ont entraînée tend à s’estomper et les contacts entre internautes de différentes nationalités reprennent de plus belle. Il faut dire que cette frénésie de se faire des amis (es) des pays étrangers est on ne peut plus symptomatique de la soif du jeune Algérien de nouveauté et d’aller à la découverte du monde et des hommes.
Karim Kherbouche
