Hocine Haroun, sénateur du parti – «Il faut réparer ce déni !»

Au terme du recueillement sur la tombe d’un des militants de 1963, en l’occurrence feu Said Zaidi, M. Hocine Haroun, l’ex P/APW de Tizi-Ouzou, actuel sénateur, a été sollicité pour animer une conférence sur « le développement local », mais cet élu a opté pour un débat direct avec l’assistance sur divers points aussi importants les uns que les autres. D’emblée, il dira qu’il est temps à l’Etat de reconnaître les militants et les victimes de 1963 afin de réparer ce déni.  » Si ces militants s’étaient élevés contre le pouvoir établi au lendemain de l’indépendance, c’est parce qu’ils ont remarqué que les idéaux de novembre pour lesquels ils ont combattu l’ennemi étaient bafoués.  » “Nous avons tant espéré que la proposition du consensus national aboutisse. Malheureusement, cela n’a pas été le cas parce que le pouvoir a sa vision et l’opposition représentée dans la CNLTD voyait une autre voie. Comme ce fut toujours le cas, le temps nous donnera raison ». Dans cette intervention, le sénateur voit que la situation que traverse le pays est difficile. L’invité de Frikat appellera les jeunes à adhérer au parti et à sa politique. Ceci l’amènera à donner son avis sur ce qui est appelé l’autonomie ou l’indépendance de la région. « Aujourd’hui, quand on entend nos jeunes parler de cela, on dirait qu’on est encore dans les luttes d’il y a vingt ans.

«Il faut renforcer les prérogatives des assemblées locales pour aspirer à un meilleur développement»

Au FFS, nous avons toujours prôné la régionalisation positive. Cela veut dire que la région va avoir son conseil régional avec bien sûr un portefeuille (de l’argent) pour le développement. Mais, pour le moment, nous voulons une Algérie pour tous. Ce sujet a besoin d’un large débat « , estimera-t-il. D’ailleurs, au sujet du développement local, il répondra que c’est un thème très compliqué dont il est difficile d’en parler.  » Comment allons-nous aspirer à un développement local lorsque tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains des décideurs? Il y a tout un arsenal de lois administratives entre les mains du wali et du chef de daïra qui dépouillent les assemblées élues de leurs prérogatives. Ces commis de l’Etat payés freinent les initiatives des élus. D’ailleurs, je vous confierais que le wali garde pour lui-même 50% de ce que le pouvoir central lui donne. C’est un fonds qui sert à gérer les contestations », avouera l’intervenant. « Après des années d’opulence, le prix du pétrole chuta brutalement. Pour ma part, je considère cela comme une malédiction parce que ce sont toujours les pauvres qui vont ressentir cette crise. Par contre, la situation actuelle arrange ceux qui ont tiré les dividendes de cette embellie financière », constatera M. Hocine Haroun. Evoquant toujours le développement local, cet élu passé du statut de maire à celui de sénateur reconnaîtra, tout de même, qu’il reste encore beaucoup à faire, sans toutefois négliger ce qui a été fait jusque-là.  » On ne peut nier quand même les réalisations de ces dernières années. A titre d’exemple, qui aurait dit que le gaz naturel arrivera dans 80% des foyers de la wilaya, il y a de cela dix ou quinze ans? On peut se réjouir à dire que le défi a été relevé grâce bien sûr au concours de tous « , reconnaîtra-t-il. Il rassurera, par ailleurs, que les projets inscrits pour la wilaya, tels le CHU, la pénétrante vers l’autoroute Est-Ouest, le barrage de Souk N’Tletta, la voie express Aïn El Hammam -Draâ El-Mizan, le stade de Tizi-Ouzou ne sont pas annulés comme certains veulent le faire croire. « Certains de ces projets sont au ralenti. Mais, ceux qui ne sont pas lancés ne sont pas annulés, mais uniquement gelés. Ils pourront l’être à n’importe quel moment », affirmera-t-il. Déployant toute sa pédagogie en matière de communication, l’ex P/APW de Tizi-Ouzou appellera à la sagesse et à la raison. À une autre question au sujet de la fermeture des APC et la coupure des routes, l’orateur est catégorique:  » je suis contre ce phénomène. Les blocages sont ailleurs et ce sont les élus qui sont jetés en pâture. Dans le monde entier, l’élu est respecté. Dans l’absolu, l’élu doit être défendu. Ce n’est pas le cas ici chez nous et bien sûr dans toutes les républiques bananières ». Au terme de cette rencontre-débat, de nombreuses questions ont été posées par l’assistance, auxquelles le sénateur a porté des réponses avec des exemples à l’appui. L’orateur a répondu avec beaucoup de tacle et de lucidité. Du côté de l’assistance, on remarquera que ce genre d’initiatives est apprécié à plus d’un titre.

Amar Ouramdane