L’âne, la société et les qu’en dira-t-on

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S. Ait Hamouda

Renommer les superlatifs et les conjonctifs serait dans le meilleur des cas exagéré et dans le pire, influent dans la démarche de mener la bataille des suppositions et des supputations. Dans le premier cas, ce n’est qu’histoire de faire table rase des condamnations par défaut, des illusionnistes par allusion, en ne touchant que la crème ou ce qui est supposée telle. On ne va pas, tout de même, s’atteler à faire d’un âne un cheval de course, mais passons. Bien qu’il ne soit pas susceptible de l’emporter, il serait en mesure de gagner par défaut ou par intelligence… ou par omission. Parce que nous n’avions pas pris en compte que l’âne, bien qu’il soit paresseux, bête, doux, n’est pas inintelligent. L’âne peut se pourvoir en cassation devant le juge le plus futé du monde et s’en sortir d’affaire le plus normalement du monde. Pourquoi ? Parce qu’il sait qu’armé de son ânerie la plus subtile, il pourrait mettre le juge, les assesseurs et les avocats dans sa poche et les narguer par la suite. Qu’il vienne de n’importe quelle contrée du pays, à pattes ou transporté, il saura convaincre tout son monde par son insignifiance, sa soumission feinte ou sa pathétique imbécilité. On ne va pas seriner du monde des ânes sans penser à la manière dont cet équin a réuni l’art et la manière de mettre tout le monde de son côté. Il se peut qu’on se perde en conjecture, en tournant autour du pot, en coupant un cheveu en quatre, en tergiversations tandis que le bourricot, lui, affine sa défense. Et c’est connu, il possède de la repartie et elle est cassante et imparable et de surcroît d’une subtilité hors normes. Il répond du tic au tac et charge ses réponses d’une pugnace fronde à l’endroit de ceux qui veulent à tout prix le condamner en s’en prenant à sa paisible vie de baudet malheureux. Il ne reste, malgré tout, que les relents de certitudes aux coins perdus d’un pays où les bêtes de somme sont sommées de se taire sous peine d’être battues au sang. Mais battre, ou laver la tête d’un âne sera assurément une lessive perdue, tant qu’on n’a pas compris, la morale de cette fable. Elle s’insinue dans tous les horizons, en amont et en aval, de ce que charrie un peuple de vraies et de fausses connaissances. Il va de soi que les contrées savantes ne sont pas rares chez nous dès lors qu’on s’y met à réfléchir doctement et avec assurance à tout notre destin singulier. A bon entendeur salut !

S. A. H

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