Hier matin, les étudiants de l’université Akli Mohand-Oulhadj ont été conviés à une importante rencontre, au niveau de l’auditorium, en présence du recteur, M. Moussa Zireg,et des doyens des 12 facultés que compte cette université. Ils étaient plus de 1000 étudiants présents.
Initiée par la coordination libre des étudiants, cette assemblée générale avait comme ordre du jour «l’évaluation de la situation socio-pédagogique de l’université». Les étudiants étaient aussi nombreux à prendre la parole et à exprimer leurs doléances en présence des responsables de cette université. Parmi les doléances exprimées, l’on citera «la dégradation des conditions de la prise en charge pédagogique et sociale au niveau de cette université». Ainsi et d’après les étudiants intervenants, l’université de Bouira souffre sensiblement du manque de moyens et d’enseignants. Un étudiant en deuxième année télécommunication citera le cas de son département, où deux cours seulement sont dispensés par semaine. «Notre département a été ouvert l’année dernière avec quatre enseignants spécialisés seulement. Cette année, on se retrouve avec deux enseignants vacataires qui assurent deux cours par semaine, le premier dimanche et le seconde mercredi ! Les étudiants de notre département s’interrogent sur l’utilité de son ouverture ? Et c’est le cas presque pour toutes les facultés, où les étudiants sont livrés à eux-mêmes !», affirme ce dernier.
«Deux cours par semaine et ce sont des vacataires qui les assurent !»
D’autres étudiants soulèveront le problème de manque de sécurité au sein des deux campus de cette université. Selon-eux, des étrangers et des extras universitaires se baladent au quotidien à l’intérieur des universitaires, au vu et au su des agents de sécurité qui se retrouvent dépassés par la situation. «L’université s’est transformée en une place publique, à laquelle tout le monde peut accéder. Le manque d’agents de sécurité a été soulevé à maintes reprises, malheureusement l’administration n’a rien fait pour le renforcement des agents de sécurité et la situation ne cesse de s’amplifier au point où l’on se sent plus en sécurité même à l’intérieur des amphithéâtres !», tonnera un autre étudiant. D’autres doléances ont été aussi soulevées par les étudiants, à l’image du manque de transport, du manque d’ouvrages et des moyens pédagogiques, de l’absence de communication entre les étudiants et les responsables. Cependant, le problème qui a été souvent cité par les étudiants est celui de la non-reconnaissance des comités autonomes par les responsables de chaque département. Ils dénonceront aussi ce qu’ils ont qualifié de «main mise» des organisations satellites sur les créneaux de dialogue. Ils ont ainsi réclamé l’ouverture des portes de dialogue avec les comités autonomes, «seul interlocuteur valable et légitime des étudiants».
L’insécurité l’autre souci des étudiants
Les intervenants ont dénoncé aussi «les mouvements de grève anarchiques et non justifiés de ces organisations». Les cas de la faculté de droit, bloquée par l’organisation UGEA depuis deux mois, ainsi que la faculté des sciences et technologies (ST) fermée depuis trois mois par l’UGEL, ont été aussi soulevés. «Nous comprenons plus pour quels motifs ils bloquent nos départements ! Malheureusement et à chaque fois qu’un membre de ces organisations n’obtient pas son année, les départements sont systématique fermés ! L’administration doit aussi assumée ses responsabilités en appliquant les termes du règlement intérieur. Le droit de grève est garanti par la constitution, pas celui des surenchères !», dira un syndicaliste de la faculté de droit. D’autres étudiants ont appelé franchement à la «dissolution de l’ensemble des organisations syndicales exerçant au sein de l’université», car selon-eux, ces organisations «ne représentent plus les intérêts socio-pédagogiques des étudiants et ils ne pensent qu’à leurs propre intérêts». L’influence de certains partis politiques sur ces organisations a été également soulevée par les étudiants qui ont appelé, dans le même contexte, à la séparation des causes politiques de celles académiques. «Toutes ses organisations sont les bras droits dans certains partis politiques, souvent à tendance islamiste, et qui essayent de récupérer nos combats au détriment de leurs dogmes intégristes. Les comités autonomes sont totalement indépendants de toutes tendances politiques, c’est pour cela qu’on leur fait confiance», affirment d’autres intervenants.
Le recteur s’explique et promet d’agir
Répondant à chaque question posée par les intervenants, le recteur de l’université n’a pas caché «les nombreux manques dont souffre son université». Selon M. Zireg, «l’université de Bouira dispose uniquement de 15 professeurs d’enseignement supérieur, alors que le nombre d’étudiant dépasse les 24 000». «Le reste de nos encadreurs sont des vacataires. Comme à chaque année, nous éprouvons d’énormes difficultés pour trouver des encadreurs. Ce problème, je l’ai signalé au ministère de l’Enseignement supérieur, 4 jours après mon installation au mois d’août dernier. Le ministre s’est engagé à prendre les dispositions nécessaires pour attirer les encadreurs vers notre université», soulignera-t-il. Concernant les problèmes de manque de transport, des chambres universitaires et de la dégradation de restauration, le premier responsable de l’université a assuré qu’il a remis un rapport détaillé sur ces carences au directeur général de l’office national des œuvres universitaires (ONOU). «Rien qu’avant-hier, j’ai été en réunion avec le DG de l’ONOU à Alger, à qui j’ai remis un rapport sur cette situation et il m’a promis de l’étudier et de situer les responsabilités de ces défaillances». M. Rezigue n’a pas exclu, par ailleurs, le recours aux services de sociétés de gardiennages privés pour la garanti de la sécurité au sein de l’université, vu le manque d’agents de sécurité. Dans le même sillage, le recteur de l’université a assuré aux étudiants, qu’il adoptera une nouvelle politique pour l’ouverture des portes de dialogues entre son administration et les étudiants. «Nos portes seront toujours ouvertes à nos étudiants qui auront le droit de s’exprimer librement. Je vous comprends, je n’ai pas le moindre doute de votre bonne volonté pour le développement de notre université, et c’est avec le débat et le dialogue qu’on pourra surpasser nos problèmes», a-t-il ajouté. A noter pour la fin que le débat s’est poursuivi jusqu’à l’après-midi d’hier, et de nombreux responsables, notamment les doyens des facultés, se sont intervenus pour répondre aux doléances des étudiants. L’assemblée générale s’est déroulée dans le calme et sans le moindre incident.
Oussama Khitouche

