La violence sous toutes ses formes était le thème du 6ème Congrès national de psychiatrie, organisé, hier, à l’EHS Fernane Hanafi de Oued Aissi, en collaboration avec le CHU de Tizi-Ouzou.
Plusieurs communications ont été animées, portant toutes sur le sujet. L’objectif de la rencontre est «l’échange entre les différents spécialistes et professeurs qui y participent, ainsi que l’information et la transmission des différentes informations dans le but de la sensibilisation, notamment», nous dira le Pr Ziri. Le choix du thème n’a pas été fortuit, nous dira encore le DG du CHU Nedir Mohamed, «la violence a toujours existé, mais elle est plus que jamais d’actualité», a-t-il expliqué. Le Pr Ziri s’est étalé dans sa communication, intitulée «Le concept de dangerosité en psychiatrie», sur le rapport entre la maladie mentale et la notion du danger, ainsi que sur le rôle de la famille et l’école dans l’accompagnement du patient et dans la prévention. «Il convient, lorsque l’on parle de dangerosité, d’évoquer la notion de violence. La violence est l’acte par lequel s’exerce la force, qu’elle soit physique ou morale», a-t-il expliqué. Pour ce qui est du rapport entre la maladie et le danger, le Pr a été formel : «La personne souffrant de troubles mentaux n’est pas toujours impliquée dans une violence faite aux tiers. Elle en est même le plus souvent la victime». Ceci dit, le Professeur a expliqué que dans certains cas, notamment de maladies comme la schizophrénie, le malade peut constituer un danger pour autrui. Il évoquera ensuite les différents types de violences existants : Agression verbale, violence contre les objets, violence contre soi-même… Et dans ce dernier cas de figure, le Pr Ziri a évoqué notamment l’automutilation et le suicide. Quant à la violence contre autrui, tous types de violences confondus, 3 à 5% seraient dus à des personnes souffrant de troubles mentaux, expliquera le Professeur. Par ailleurs, et s’agissant des facteurs de risques, le conférencier a parlé de refus de soins, de mauvais contrôle des impulsions et de méfiance, pouvant être interprétés comme des signes précurseurs de moments de violence. En outre, la consommation d’alcool ou d’autres substances psycho-actives peuvent accélérer le processus.
La leçon du
Pr Ziri sur l’addiction
L’addiction, entre autres, est un facteur majeur de dangerosité, selon le Professeur, qui a évoqué dans sa communication l’impact de différents paramètres et leur relation avec la violence, tels l’environnement, la famille, l’état matrimonial et d’autres éléments relatifs à l’histoire personnelle du malade. Il y a aussi les facteurs liés à l’état mental. Dans le registre évaluation de la dangerosité, le Pr a fait une analyse des différents contextes d’évaluation des risques. Il a parlé d’un contexte clinique thérapeutique, puis d’un contexte de psychiatrie légale. «L’évaluation de la dangerosité, c’est décomposer ses principaux déterminants, à savoir ce qui est du registre du sujet, de son environnement et de la situation conjoncturelle, afin d’en dégager les enjeux médicaux de soins et de prévention», a conclu l’intervenant. «La violence chiffrée à travers l’activité du service de médecine légale du CHU Nedir Mohamed de Tizi-Ouzou», était le thème d’une autre communication présentée par le Pr Boulassel, médecin chef de ce service. Il a qualifié l’ampleur prise par la violence dans la société de «dramatique et alarmante». Au niveau du service médecine légale du CHU de Tizi-Ouzou, plus de 19 180 consultations ont été enregistrées dans la période allant de 2009 à 2016. Soit une moyenne de 2 398 consultations par an, a indiqué le Pr Boulassel. «L’écoute, l’accompagnement ainsi que le soutien moral sont autant de motivations capables de susciter chez les victimes une envie de se réinvestir et de se projeter dans l’avenir», a affirmé le Pr. Parlant du rôle de la société, le Pr Boulassel a estimé que sensibiliser les différents acteurs de la société sur l’importance de l’accompagnement des victimes installera une dynamique sociale et institutionnelle, ce qui favorisera, dira-t-il, leur insertion sociale. «Toutes les victimes, quelle que soit la cause de leur douleur, ont droit à la considération et à la solidarité», a-t-il ajouté. Par ailleurs, évoquant l’impact de la violence sur l’être humain, le conférencier a considéré que «les violences représentent une atteinte grave aux droits et à la dignité de la personne humaine». Toujours dans le même sillage, le Professeur a mis en exergue la nécessité de mettre en place un réseau impliqué dans l’accompagnement de la victime tout au long du processus, commençant par l’événement traumatique et arrivant jusqu’à la réparation des dégâts causés, pour que les besoins de la victime puissent êtres pris en charge et traités concomitamment. Pour ce qui est de la nature des dégâts, selon le Pr Boulassel, elle peut être diverse : physique, psychique, morale, sociale ou économique. Considérant que «toute personne victime de violences est en droit de demander réparation du dommage qui lui a été causé», «l’agresseur doit être puni et doit réparer», dira l’intervenant.
Kamela Haddoum.
