Leçon de solidarité

Cruel destin que celui de Feniche Tounsia qui, à l’instar de ces milliers de pitoyables handicapés-moteurs, est confrontée à l’ineffable souffrance d’être clouée ad vitam aeternam à la chaise roulante. A ceci près, cependant, que Tounsia doit endurer, en plus de son impotence motrice, le fardeau de la surdi-mutité et des crises d’épilepsie à répétition. Une invalidité accablante en somme, qui nécessite, on s’en doute, l’assistance permanente d’une tierce personne. Le cas de Tounsia est, par ailleurs, singulier en ce sens qu’elle est sustentée par un apport exclusif d’aliments liquides (du lait et accessoirement du yaourt). De la nourriture solide, point ! Et cela dure depuis… 23 ans, même si la fille paraît en avoir deux fois moins. Sa croissance se serait arrêtée en effet, vers l’âge de douze ans, selon les confessions de sa génétrice qui suspecte une chute dont sa fille avait été victime quelques semaines seulement après ses premiers vagissements, comme étant la cause de sa mauvaise fortune. La famille Féniche, qui habite le paisible village de Tazaghart, sur les hauteurs d’Akbou, se morfond dans le dénuement et la précarité. Hormis la modique et impudente pension de 3 000 DA, versée trimestriellement à leur fille, nulle assistance officielle n’a daigné soulager leur souffrance. Son salut, elle le doit plutôt à l’action caritative du mouvement associatif et aux âmes charitables de la société civile, qui ont compris que la famille Féniche a besoin non pas de dolorisme affecté ou de compassion vaine, mais d’une solidarité agissante. C’est ce sens élevé de solidarité dont a fait montre le nouveau CEM d’Akbou à l’endroit de cette famille nécessiteuse. Prenant appui sur le programme pédagogique dispensé aux élèves de 3e année moyenne, les professeurs d’histoire-géographie de ce collège ont entrepris d’ »extraire » les notions d’ »alimentation » et de « solidarité » de leur sphère théorique pour les traduire dans les faits et leur donner la pleine mesure de leur sens. Résultat : une délégation composée d’élèves de 3eAM, encadrés par une équipe de professeurs, s’est rendue la semaine écoulée au domicile de la famille Feniche pour lui témoigner sa solidarité et lui remettre des produits alimentaires, des effets vestimentaires et une somme d’argent collectée par les élèves de l’établissement. Un acte comme il ne s’en passe pas toujours. Un lumignon de bonheur dans un océan de tourmente ! Par ce geste, le concept de solidarité à l’école se refait une cure de jouvence et le métier d’éducateur, sacerdoce s’il en est, recouvre ses lettres de noblesse.

N. M.