«La violence sociale est banalisée en Algérie»

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Dans le cadre de la promotion et de la vente-dédicace de son 3ème livre intitulé «La violence sociale en Algérie, comprendre son émergence et sa progression», Mahmoud Boudarene, psychiatre et docteur en sciences biomédicales, a, à l’invitation du Café littéraire de Béjaïa, donné dans l’après-midi du samedi passé, dans la petite salle du théâtre régional Malek Bouguermouh, une conférence sur la violence sociale en Algérie. De prime abord, il souligne que «la violence est devenue chose banale en Algérie.» Des citoyens se promènent avec des couteaux dans les poches, des gourdins et des massues dans les malles de leurs voitures avec l’intention évidente de riposter à toute attaque éventuelle. Les fenêtres des immeubles sont barreaudées et les portes des appartements blindées, comme si les habitants s’attendaient à être agressés à chaque instant. Le lien social de village, du quartier (ouled el houma) est rompu et les gens, met en évidence Dr Boudarene, «sont des étrangers les uns les autres.» Selon le conférencier, ce comportement négatif est le «résultat d’une mauvaise gouvernance des affaires publiques, à tel point que les barrages de contrôle des services de sécurité, dressés sur les routes, sont perçus comme une violence infligée aux citoyens, car le citoyen lambda a toujours le sentiment d’innocence. Et le maillon faible de la société algérienne reste la femme», souligne l’orateur. La femme algérienne est, en effet, violentée d’abord par l’organisation de la famille patriarcale qui fait d’elle un être diminuée par rapport à l’homme, puis par le code de la famille de 1984 qui stipule que quel que soit son rang social, ministre, juge ou autre, la femme ne peut se marier seule sans le consentement de son tuteur mâle qui peut être son père, son frère ou son oncle. Reprenant le fil de son intervention, le conférencier met en avant le fait que la violence sociale en Algérie est issue d’abord du colonialisme français, qui a spolié le peuple algérien de sa liberté, puis des travers de la révolution algérienne qui a éliminé Abane Ramdane et qui a remplacé les dispositions du Congrès de la Soummam par la charte du Congrès de Tripoli. C’est là le péché originel que l’intervenant a assimilé à celui commis par Caïn sur son frère Abel. C’est d’ailleurs la scène de ce crime qui est utilisée pour illustrer la couverture du livre. Cette violence institutionnelle est mise en branle par les pouvoirs publics pour faire du peuple un peuple apeuré, car un peuple apeuré est facile à soumettre. Si les policiers ne font pas convenablement leur travail, ce n’est pas de leur faute car, d’après le Dr Boudarene, ils ont toujours peur des représailles de la personne sanctionnée au cas où elle viendrait actionner la hiérarchie dont dépend le policier. En fermant les routes, les citoyens pensent exercer une vengeance sur l’État qui les a violentés. En fait, ils ne font du mal qu’à leurs concitoyens qui ne leur ont rien fait. L’orateur conclue en affirmant que si les pouvoirs publics ne se ressaisissent pas, en récupérant leur autorité, l’État risque de s’effondrer et d’aller vers le chaos.

B Mouhoub.

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