Le désastre écologique que vit la Vallée du Sahel a pris une inquiétante ampleur ces dix dernières années, avec des agressions multiples et diverses sur des terrains entiers, aussi bien agricoles que forestiers.
En effet, une effroyable dégradation progressive de l’environnement ne cesse de grignoter tant les légendaires forêts de la circonscription de l’ex-Maillot, qui comprend les deux daïras de M’Chedallah et Bechloul, sur une superficie globale qui frôle les 50 000 ha, que les non moins légendaires plaines d’Oughazi et Taqaaets n’Ath Yalaa. Celles-ci sont, en fait, de vastes plaines irriguées composées d’oliveraies à perte de vue et de vastes surfaces céréalières et maraîchères, qualifiées jadis par l’administration coloniale de « grenier de l’Europe ». Des champs à partir desquels sont exportés vers l’Europe des produits alimentaires de haute qualité. Les agressions sur les tissus forestiers sont multiples et diverses. À commencer par les feux de forêts en série, qui n’ont épargné ni broussaille, ni surface agricole. Il y a aussi les défrichements sauvages et anarchiques qui redoublent d’intensité depuis ces trois dernières années. A cela s’ajoute l’ouverture de pistes pour la réalisation d’ouvrages d’utilité publique, tels les réseaux AEP, de gaz naturel ou de lignes électriques de haute tension, qui traversent de véritables pépinières de pins d’Alep, de chênes verts et diverses espèces de plantes et buissons dénommés « sous-bois ». Ces pistes s’ajoutent à celles aménagées pour lutter contre les feux de forêts et le terrorisme. Elles sont réalisées par endroits en parallèle, dont la moins large est de 20 mètres. Elles sont, à l’heure actuelle, de déplorables plaies béantes, n’ayant pas bénéficié de la remise en l’état des lieux, pourtant obligatoire dans tout cahier des charges. Aussi, ce légendaire tissu végétal a perdu plus de la moitié de sa superficie, en raison, notamment, de l’implantation d’innombrables carrières d’agrégats, de plâtre et de pierre bleue, installées le long de la chaîne montagneuse du Chréa, dans commune d’El Adjiba. Cette chaîne s’étend des gorges des Bibans, à l’Est, aux pics du M’lawa, à l’ouest sur une distance qui frôle les 80 km. En somme, cet ensemble de facteurs nuisibles ont contribué sensiblement au non moins effroyable dérèglement climatique de toute une région, dont les répercussions sont désastreuses et sur l’agriculture et sur la santé publique.
Des terres fertiles se réduisent comme une peau de chagrin
Les surfaces agricoles à vocation céréalière, maraîchère et oléicole, qui s’étendent sur des milliers d’hectares de la légendaire vallée du Sahel, subissent, elles aussi, une effroyable agression en raison d’une avancée phénoménale et débridée du béton. En effet, ce dernier «avale» du terrain au sens large du terme, dans une anarchie totale et en toute impunité. D’ailleurs, au niveau de cette vallée qui est, en fait, un prolongement en aval de la vallée de la Soummam historique, toutes sortes d’ouvrages, dont certains à caractère commercial et industriel, sont érigés, aux dépens d’importantes surfaces de terrains irrigués et hautement fertiles, qui se sont vu se réduire comme une peau de chagrin. Un phénomène qui a avancé de manière effrénée depuis le démarrage des divers programmes d’auto-construction de l’habitat rural, financés par l’État. Ainsi, les projets d’extension des grands centres urbains s’élargissent à vue d’œil, et grignotent, ainsi, de façon continue, les surfaces agricoles, au même titre que les plateformes de fabrication d’agglomérés (ourdis, parpaing, buses, bordures des routes), et d’autres de vente de matériaux de construction, dont la plupart exercent illégalement. Ainsi, chaque année, il est constaté de nouveaux arrivés dans cette filière juteuse, bien que le législateur ait mis en place toute une batterie de lois, régissant ces activités dans le but de protéger les terrains agricoles, mais rarement appliquées. D’où la multiplication de ce genre d’agressions tous azimuts. Les plateformes en question se comptent par centaines à présent au niveau des deux daïras de M’Chedallah et Bechloul, et travaillent à plein-temps et en toute liberté, même quand elles constituent en probable un danger pour les routiers. La dernière loi en date pour réduire les agressions sur les surfaces agricoles, laquelle a été accueillie avec un grand soulagement par les auto-constructeurs financés par l’Etat, est celle de 1994, autorisant les constructions en surélévation. Autrement dit, cette loi autorise des membres d’une même famille, soit un père et son fils, soit deux frère, à réaliser leurs logements l’un au-dessus de l’autre. Mais jusque-là aucune commune n’a mis en exécution cette loi. Et les surfaces agricoles continuent, pour ainsi dire, de perdre du terrain. Il convient de souligner sur ce volet que nos ancêtres étaient beaucoup plus soucieux de la préservation des terrains agricoles, notamment en Kabylie. D’ailleurs, l’exemple le plus édifiant à trait aux terrains choisis par nos aïeuls pour construire leurs demeures. En effet, la totalité des vieilles habitations kabyles sont édifiées sur des collines abruptes, aux terrains pauvres et inexploitables sur le plan agricole, au même titre que les cimetières, qu’ils aménagent sur des surfaces arides. Le coup fatal a été donné à l’agriculture dans cette région par, d’abord, la pollution du principal cours d’eau Assif N’sahel. Ce dernier est transformé, par la force des choses et la bêtise humaine, en réceptacle géant des eaux usées des deux daïras et la récupération pour l’AEP de la phénoménale source noire de Saharidj, canalisée jadis par les colons, pour irriguer plusieurs dizaines de fermes constituant une bonne partie de la Vallée du Sahel.
Oulaid Soualah

