L’œuvre de Mammeri revisitée

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L’œuvre de l’écrivain et l’anthropologue Mouloud Mammeri est au centre du colloque international organisé, du 3 au 5 décembre, au niveau de l’auditorium de l’université de Tizi-Ouzou. Placé sous le slogan «Mouloud Mammeri : Une œuvre multiforme et polyphonique», ce colloque a vu plusieurs intervenants, en majorité des enseignants, qui ont abordé les différentes facettes du travail de ce pilier de l’identité, allant de contes berbères de Kabylie, «Les Isefra de Si Mohand Ou Mhend», jusqu’à «Le précis de grammaire», «La lettre à Mohand Azwaw» en passant par «La coline oubliée», «Le sommeil du juste» et une approche anthropologique de l’Ahellil du Gouraya, entre autres. Dans sa communication intitulée «Le conflit entre la pensée occidentale et la pensée musulmane dans La traversée de Mouloud Mammeri : Une approche sémantique», M. Allalou déduira que «l’étude des composantes narratives et sémantiques a montré que l’effet de sens ‘conflit’ qui remonte régulièrement à la surface du texte ‘La traversée’ trouve son explication dans la mise en place de structure sémantique». Et cet effet de sens ‘conflit’ trouve sa source dans la structure thématique par laquelle les thèmes génériques de ‘’pensées occidentales’’ et de ‘’pensées musulmanes’’ sont manifestées par de nombreux thèmes spécifiques. «Il s’explique aussi par l’exploitation de la structure parabolique, par laquelle les deux systèmes de valeur sont traduits concrètement par des représentations figuratives diverses», argumente l’intervenant. Pour sa part, Hand Sadi, auteur du livre «La Colline emblématique», interviendra sur ‘’Hiatus Kabylie/Algérie ? Esquisse d’une analyse de l’origine de la dissemblance entre «La colline oubliée» et «Le Sommeil du juste». L’orateur met en exergue l’espace/temps et le contexte différent de l’écriture de ces deux romans pour justifier la polémique qui s’est emparée après la sortie du roman «La Colline oubliée» (1952), accusant l’auteur de centrer les événements de «La colline oubliée» sur la seule région, la Kabylie, et de ne pas mentionner le mot Algérie. «Mouloud Mammeri a pris du temps pour écrire La Colline oubliée qui n’était pas destinée, au départ, pour la publication. Et puis, les événements se situent en dehors de la Kabylie. Par contre, Le Sommeil du juste est publié en 1955, c’est-à-dire une année après le déclenchement de la guère de libération et que la patrie n’est pas rattachée automatiquement à un concept», insistera M. Sadi qui ajoute que «le roman Le Sommeil du juste est très différent de La Colline oubliée». Abordant le travail linguistique de Mouloud Mammeri, Salem Djemai a, dans une analyse du livre de grammaire ‘’Tajerrumt n tmaziɣt’’, fait sortir quelques remarques relatives aux règles et conventions orthographiques et phonétiques même s’il a reconnu que l’auteur du Précis de grammaire «est très bien informé de la situation linguistique de son époque et que Tajerrumt n tmaziɣt n’est destinée que pour une notation correcte et non comme une grammaire, proprement dite», précise-t-il. De leur côté, Boukherouf et Chemakh ont essayé d’analyser et de classer le texte ‘’Tabrat i Muḥend Azwaw (Lettre à Mohand Azwaw) de Mouloud Mammeri. Pour eux, il s’agit d’un genre épistolaire qui sera classé dans le genre de correspondance ouverte. Pour étayer leurs propos, les intervenants veulent comme arguments ce qui suit : La lettre ouvre le discours sur le destinataire. Le corps du texte est composé de séquences : descriptive, narrative, explicative et surtout justificative et argumentative. Et bien sûr, des actes du discours «injonctions».

Farida Elharani

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