«Ces deux années après l’officialisation de la langue amazighe constituent une pause et nous la considérons comme étant un acte 1». C’est ce qu’a déclaré l’ancien cadre au Haut commissariat à l’amazighité (HCA), M. Hamid Bilek, qui fait, dans cet entretien, un tour d’horizon de ce qui a été fait et des projets à venir.
La Dépêche de Kabylie : Quelles sont les principales péripéties qu’a connues la langue amazighe et quel est le bilan des deux années d’officialisation ?
Hamid Bilek : Le constat est déplorable et l’entêtement des uns et des autres n’a pas du tout favorisé un aboutissement favorable durant de nombreuses décennies écoulées. Plusieurs événements ont marqué la société algérienne, notamment la société kabyle, dans la douleur, qui n’a pas abandonné son combat identitaire et linguistique depuis l’indépendance du pays. Trois dates sont à retenir pour cette circonstance : En 1996, la langue amazighe fut reconnue dans la Constitution algérienne, en 2002, elle est consacrée 2ème langue nationale et en 2016, son officialisation. Il ne faut pas exclure tous les combats qui se sont déroulés, le plus souvent dans le sang, à l’image du printemps berbère et du printemps noir avec 127 morts. Un lourd tribut a été payé par la société amazighe pour en arriver à cette issue favorable qui reste toujours à peaufiner. Ces deux années depuis que tamazight est devenue officielle dans la Constitution, sont marquées en lettres d’or car la concrétisation de ces trois dates ne s’est pas parvenue par hasard. Et il est attendu prochainement la création de l’Académie berbère et nous souhaitons voir à sa tête un chercheur émérite et tous ceux qui gravitent autour de la question que nous voulions voir résolue une fois pour toutes, dans l’intérêt de la nation.
Qu’en est-il des caractères d’écriture ?
Écoutez, soyons clairs et lucides. Tout ce qui a été fait et continue de se faire, tout ce qui a été produit a été fait en caractères latins. Nous avons plus d’un siècle derrière nous, tous les travaux de recherches ou de production ont été élaborés en caractères latins. Citons ceux de Boulifa, Mammeri, Mohand Arab Bessaoud, entre autres. Mouloud Mammeri a posé les fondements, les bonnes bases. Ses recherches et productions en sont une preuve indéniable pour la poursuite dans ce sens. Les institutions nationales, telles l’université algérienne, le HCA et l’éducation nationale fonctionnent et produisent toujours en caractères latins. Mieux encore, depuis 1990, plus d’un million d’apprenants en tamazight ont reçu un enseignement en caractères latins. Et directement, ou indirectement, les institutions de l’Etat optent pour les caractères latins, tout en suivant l’universalité. Et ceux qui arrivent en derrière seconde, ce ne sont pas eux qui vont nous montrer comment écrire notre langue, une langue ouverte et accessible à tous les Algériens. Pour moi, les dés sont jetés sans toutefois exclure le tifinagh, utilisation symbolique constituant un repère pour les touristes étrangers qui se diront qu’ils sont dans un pays mille fois millénaire et s’identifie à pays amazigh.
Y a-t-il une avancée concluante ?
Absolument. Le travail fourni depuis l’Etoile nord-africaine n’est pas vain. Et tous ceux qui se sont sacrifiés pour Tamazight, nous leur rendons hommage en suivant leur ligne de conduite et mon souhait est de voir tous les acteurs de 1980 et de 2001 réunis pour aller encore plus de l’avant et le projet de Tamazight est au-dessus de tous.
Entretien réalisé par M. A. T.

