La direction des services agricoles de la wilaya de Tizi-Ouzou réunira, aujourd’hui, à Azazga, toutes les parties prenantes au processus de labellisation de l’huile d’olive d’Aït Ghobri. Le DSA, Laib Mekhlouf, revient dans le détail sur le sujet.
La Dépêche de Kabylie : Peut-on avoir des détails sur la démarche de labellisation ?
Laib Mekhlouf : Suite à notre réunion au ministère, on a décidé d’exploiter la production agricole de notre wilaya, dans un premier temps l’huile d’olive d’Aït Ghobri. On pourra aller ensuite vers d’autres produits comme le miel d’Aïn Zaouïa et le fromage de chèvre d’Ouacifs. On doit bien commencer quelque part. Ce choix a été dicté par la disponibilité des oléiculteurs qui veulent labelliser l’huile d’olive, car la demande doit venir du producteur. Pour l’heure, la demande nous est parvenue d’Achvay Nath Ghobri qui regroupe les producteurs des régions d’Azazga, Ifigha, Fréha, et Bouzeguène. L’huile d’olive de cette région à une particularité, elle est reconnaissable. Le processus de labellisation prendra plusieurs mois.
Pouvez-vous expliquer plus en détail le processus ?
Tout d’abord, nous avons expliqué aux producteurs que nous allons travailler ensemble. Demain (aujourd’hui NDLR), il y aura une réunion à l’annexe de la maison de la culture Mouloud Mammeri d’Azazga. Tous les adhérents à ce projet vont y participer. On a besoin de tous nos partenaires. Il faut savoir qu’il y a tout un processus à respecter. Ce n’est pas comme adhérer à un club sportif ou à une association. Il s’agit d’un cahier de charges à suivre. Il est question de l’entretien de chaque arbre, de non-utilisation d’engrais chimiques, d’effectuer la récolte à l’heure. Il faut également utiliser des caisses pour la cueillette, presser les fruits au bon moment, l’huile doit être pure et ne doit pas être transformée. La deuxième étape sera de définir le territoire. Quand on dit Achvay Nath Ghobri, on doit savoir où il commence et où il finit. On procédera à l’identification géographique pour arrêter le lieu. On doit par la suite connaitre les caractéristiques météorologiques et physiques de cette région : pluviométrie, vent, humidité, neige…
Qu’est-ce qui fait la particularité de cette huile?
Ce sont justement toutes ces caractéristiques qui font la spécificité du produit. Une fois celles-ci connues, on ira vers les signes distinctifs par apport à d’autres huiles. Là c’est la phase laboratoire, où les analyses vont déterminer le degré d’acidité, les lipides… On a aussi, et c’est très important, les techniques de récolte. Pour le processus de labellisation, la manière de récolter l’olive diffère et doit répondre à certains paramètres. Le fruit doit être récolté à la main. Il y a aussi le temps adéquat pour la récolte et c’est quand l’olive commence à changer de couleur. Le fruit concerné est celui récolté sur l’arbre uniquement. Les agriculteurs doivent impérativement utiliser des caisses et ne pas cueillir les olives atteintes ou touchées. Et il faut impérativement presser les fruits dans les 48h. L’huilerie doit faire le travail de pressage dans de très bonnes conditions d‘hygiène. L’huile doit être gardée dans de l’inox ou du verre. Une fois que tout le processus sera assimilé et suivi par les producteurs, on fera tout pour les aider. Par ailleurs, les demandeurs de labellisation doivent se constituer en coopérative et cette dernière aura la charge de suivre chaque coopérant.
Ce processus prendra-t-il beaucoup de temps ?
Pour la labellisation de la figue de Béni Maouche, ça nous a pris presque 14 mois. On n’avait pas d’expérience, je parle de comité local de labellisation au niveau de la DSA. Aujourd’hui, on a acquis de l’expérience et à mon avis en une année ça va se faire. Le processus on doit le suivre, on ne peut pas l’écourter.
Les huileries dont dispose la wilaya de Tizi-Ouzou sont-elles aptes à suivre ce processus ?
On n’a pas vraiment de problème d’huileries dans la wilaya de Tizi-Ouzou. On en a 450, dont 80 sont modernes. Et pour la labellisation, il faut des huileries modernes. Comme le taux d’acidité est élevé chez nous, on a besoin d’une huile fine. Il faut donc aller vers les huileries modernes. Nous, en tant que DSA, nous devons procurer tout le matériel, comme pour la mise en bouteille en verre ou en inox. On a aussi des formations à proposer aux participants pour connaître et assimiler toutes les étapes du processus. Quand on aura l’arrêté de labellisation, chaque personne qui ne suivra pas le cahier de charges sera sanctionnée et l’agrément lui sera retiré. Il faut savoir par ailleurs que la labellisation fera augmenter le prix de l’huile, mais aussi sa valeur et sa qualité. Cette huile aura sa place à l’étranger et sera introduite dans les marchées du monde entier. On va démarrer avec une trentaine de personnes, les autres suivront. Il faut que l’idée et le projet murissent chez certains agriculteurs et c’est le plus important maintenant.
Propos recueillis par Kamela Haddoum.

