Ahnif – Des relais routiers à l’agonie

Autrefois, le chef-lieu communal d’Ahnif était connu pour ses relais routiers, où les voyageurs faisaient une pause pour se reposer ou se restaurer. Ces lieux étaient incontournables pour les transporteurs et les voyageurs qui transitaient via cette localité en provenance de la capitale ou des villes de l’Est du pays. Les relais étaient implantés à proximité de la RN5 qui «fourmillait» de voitures, et ce avant la mise en service de l’autoroute Est-Ouest qui a fini par les «achever», car les bus passent en majorité via l’autoroute. Néanmoins, il y a ce relais qui avait une renommée dans la région, lequel jouxte la station-service Naftal. Ce point de restauration était équipé de tout le nécessaire pour un service impeccable. En plus d’une vaste salle de restauration, il y avait un café, des toilettes, une salle de prière, une vaste aire de stationnement des bus et autres taxis, un kiosque multi-services… en sus de cela, la station-service de Naftal pour faire le plein. Les lieux ne désemplissaient pas à longueur de journées et de nuits. Comme une ruche d’abeilles, le «fameux» relais était le point de chute quotidien de plusieurs centaines de citoyens qui prenaient place et se prélassaient après de longues et harassantes heures de voyage. «Pour avoir une place au restaurant ou au café, il faut patienter de longues minutes, car il y avait un monde fou. Je vous parle des années 1980 dont je me souviens. Chaque jour, le relais d’Ahnif-centre était à s’y méprendre un lieu de pèlerinage de centaines de voyageurs qui se restauraient et prenaient des boissons avant de continuer leur trajet. Notre localité vivait un dynamisme économique assez intense», témoignait un quinquagénaire habitant Ahnif. Toutefois, le faste qu’a connu ce relais et tant d’autres a été interrompu au début de la décennie noire. Les relais commençaient alors à tomber en désuétude, car il y avait l’insécurité et la nuit tombant devenait une véritable psychose pour les propriétaires et les ouvriers de ces relais contraints de baisser rideau pour ne pas subir le diktat et les actes barbares des islamistes armés. Aujourd’hui, les lieux offrent une vue désolante avec la fermeture de ces relais, notamment celui qui jouxte la station-service Naftal. Une virée dans cet endroit nous a laissés consternés car toute la structure décrépie et fissurée est devenue méconnaissable: des quintaux de déchets ont envahi ce relais principal lequel est transformé en lieu de débauche et de beuverie. Des fatras d’emballage usé de bière et de matières fécales «tapissent» les alentours et les toilettes qui ne sont plus utilisables. Des traces de feux sont visibles sur les murs et le sol. En tout cas, le relais est devenu un lieu chaotique alors il y a une décennie de cela, il grouillait de monde. L’aire de stationnement des bus a été squattée par les propriétaires d’engins de location. Sur le plan économique, la fermeture de tous ces relais routiers a engendré un manque à gagner en matière d’emplois. Car ces structures faisaient travailler des dizaines de familles d’Ahnif qui se retrouvent, pour ainsi dire, livrées au chômage dans une commune déshéritée où le chômage des jeunes explose en l’absence d’unités industrielles.

Y. S.