Le printemps a auréolé la ville d’Amizour en ce samedi 22 avril. Tous les détails de Dame nature étaient présents pour orner cette métropole. Amizour est orgueilleuse. Ici, les gens se lèvent tôt, surtout que cette petite ville de la vallée de la Soummam possède a priori le plus grand nombre de vieillards et de cafés. Dans un café à Tighilt, au quartier Boukhalfa, Amirouche Djemaï entame une discussion avec ses compagnons de table sur les festivités du Printemps berbère. Entre deux gorgées de café, Amirouche fait son constat : « C’est un véritable fiasco car, en sus de l’indifférence de la population, les divergences des auteurs du mouvement vont crescendo ». Cet animateur du Mouvement citoyen dit avoir refusé de marcher ce jour-là avec les uns et les autres. « Je suis dans l’expectative, il est temps de faire un pas en avant et deux en arrière pour mieux rebondir ». Azedine, boucher de son état et ex-détenu, connu sous le nom de « Commandant » va presque dans le même sens que notre premier interlocuteur. « Si je marche ici, à Amizour, je le ferai avec les non-dialoguistes, sinon je reste chez moi ». Le plus grand nombre de ceux que nous avons interrogés, ne savent plus où mettre les pieds. « Des journées commémoratives comme celles du 22 Avril ne doivent être que des opportunités pour unifier les rangs », nous dira avec amertume Nasser, fonctionnaire. Là où la déception est ressentie le plus c’est chez les trois collégiens victimes d’enlèvement en 2001, aujourd’hui adultes. Samir Mammeri se demande pourquoi les cinq gendarmes, auteurs de leur enlèvement un certain 22 avril 2001, ne sont toujours pas traduits en justice. « La plainte qui date du 20 juin 2001 est entre les mains du collectif d’avocats et des délégués ayant pris part au dialogue avec le gouvernement ». Ses amis Bariche Farid et Ikhlef Khaldi disent avec déception que s’ils sont là aujourd’hui 22 avril, c’est surtout pour rendre hommage à leur enseignant et accompagnateur lors de leur arrestation, le défunt Ahmed Mammeri, mort le 13 juin 2005 des suites d’une longue maladie. L’essentiel de ce qui a caractérisé cette journée commémorative baptisée journée nationale contre le mépris (tamehakranith) est ce vibrant hommage rendu à titre posthume à cet éducateur, footballeur qui a aussi laissé des empreintes lors du Printemps noir. Les festivités n’étaient pas sans amertume, puisque les deux ailes du mouvement ont préparé chacune leur programme : deux dépôts de gerbe de fleurs sur la tombe de Mammeri Ahmed ont précédé les deux marches programmées sur des itinéraires différents. Pour l’aile dialoguiste, on a constaté une faible participation, malgré la présence des délégués tels que Abrika, Khaled Guermah et d’autres. La procession a battu le pavé depuis le cimetière des martyrs en abordant l’artère principale jusqu’à la placette du centre-ville. Là, les marcheurs ont baptisée une place publique à la mémoire de Mammeri, suivie d’une prise de parole. Pour les non-dialoguistes, les manifestants, beaucoup plus nombreux, ont déferlés depuis le lycée mixte, en traversant toute la ville jusqu’au siège de l’APC, où ils ont inauguré une stèle à l’éffigie du roi berbère, Massinissa, et du Rebelle Matoub, suivie aussi d’une prise de parole. Les protagonistes se sont dispersés dans le calme, laissant la vie des paisibles citoyens suivre son cours.
Nadir Touati
