Vingt ans de réclusion criminelle ont été requises, hier par le procureur général prés le tribunal criminel de Tizi Ouzou contre M. H âgé de 28 ans et M. K âgé de 32ans, deux frères qui seraient impliqués dans une tentative d’homicide volontaire avec préméditation contre A. O. En sus de la tentative d’homicide, les charges maintenues par la chambre d’accusation sont la possession d’arme à feux sans autorisation et la participation à une tentative d’assassinat. Lors de leur comparution, hier devant le jury, le présumé auteur et la victime ont apporté deux versions complètements antagoniques, de ce qui s’est produit le 23 août 2005 à Azazga, tandis que les déclarations d’un témoin n’ont fait qu’embrouiller davantage l’affaire. Convoqué à la barre M. H, l’accusé principal dira : «La victime, qui était à bord d’une Clio suivait le camion de mon frère. A 21 h 45 mn, mon frère m’appelle pour me dire qu’il encourait un danger. Une fois qu’ils étaient à quelques encablures de la maison, sur notre propriété, j’ai pris avec moi l’arme de mon grand père, pour tirer un coup de sommation en direction du véhicule de A. S pour qu’il s’arrête. en voulant prendre la fuite, j’étais contraint de tirer un autre coup au niveau de sa jambe. »La présidente de l’audience, l’assena d’une série de questions à laquelle il répondait difficilement, notamment en ce qui concerne le mobile du crime et la provenance de l’arme. M. H tente d’expliquer : «avant cet incident d’une semaine, il y avait des individus qui avaient la même voiture et qui ont tenté de nous voler. Mais j’insiste madame la présidente, mon frère ne m’a jamais parlé de l’arme. »Son frère qui conduisait le camion a déclaré également que la voiture de la victime ne l’a pas lâché d’une semelle, «pire, les phares du véhicule étaient éteints ; vous pouvez tout imaginer», enchaîne t-il. La victime quant a lui a affirmé qu’il ne s’est arrêté que pour réparer la panne de la voiture, «au début, il ne me laissa aucune chance de dépasser son poids lourd, avant qu’il me barre carrément la route, dans un virage, et me roua de coups, avant même que j’eus le temps de descendre de ma voiture. » et d’ajouter : «quelques secondes plus tard, c’est son frère qui se pointe avec une arme, et n’hésita pas à tirer sur moi. Je vous le jure, que je n’ai eu même pas le temps de souffler un mot, madame la présidente pour comprendre ce qui se passait. »Dans son réquisitoire, le représentant du ministère public a souligné qu’il ne faut pas oublier qu’on a tiré sur une personne, laquelle n’a dû son salut qu’à l’intervention en sa faveur, de quelques voisins. «Un citoyen algérien a le droit de circuler librement sur tout le territoire du pays, et ces prévenus se sont adjugés le droit de s’ériger à la place des institutions de la République», dira t-il. L’avocat général a soutenu qu’il s’agit d’un acte bien élaboré par les deux accusés, qui a débuté par un guet-apens, ensuite le passage à l’action. Le réquisitoire du parquet est soutenu par la partie civile, qui a récusé énergiquement la demande de la défense, ayant trait à la requalification des faits. Me Zabbout n’a pas omis de rappeler la gravité de l’acte qui attente à la vie d’une personne. Quant à la défense, elle a tenté de minimiser l’acte en évoquant la spontanéité de l’action, «mon client n’avait nullement l’intention de tuer, puisqu’il pouvait touchait des organes plus sensibles, en étant uniquement à quelques mètres de la victime. » Me Messaoudi a plaidé pour de larges circonstances atténuantes, en réfutant l’idée de la préparation de l’acte avancée par le représentant du ministre public, «le procureur veut nous faire croire qu’on a affaire à une association de malfaiteurs, tandis que la réaction de mon client ne répond qu’a la situation d’insécurité qui prévaut en Kabylie ces dernières années. » Au terme des plaidoiries le jury s’est retiré pour délibérer sur une affaire dont certains points restent non élucidés, à l’image du mobile de la tentative d’homicide, d’autant plus que le vol est complètement écarté puisqu’on a affaire à une famille qui n’est nullement dans le besoin.
M. Ait Frawsen
