Catastrophe programmée

Après l’extraction intensive et anarchique du sable de nos plages avec les conséquences désastreuses que l’on sait, l’on s’attaque à présent au tout-venant de nos oueds sans état d’âme. En effet, à voir la configuration du lit de l’oued Agrioun, notamment dans sa partie située en aval du pont du même nom, l’on se demande si la catastrophe sur, à la fois les riverains, les terres agricoles et les terrains de camping n’est pas programmée. Pas moins de soixante hectares se trouvent véritablement menacés par la montée des eaux de l’oued pour peu que la pluviosité soit au rendez-vous, comme ce fut le cas en 2003 quand l’Agrioun est sorti de son lit et s’en est allé déposer une couche de vase épaisse et gluante aux pieds des orangers et autres pruniers. Les désagréments ne furent pas seulement visuels ; elle (la vase) étouffe, asphyxie littéralement tout ce qui est en vie, végétale soit-elle ou animale. Un projet de gabionnage en contrebas du pont et sur une longueur de 220 mètres furent réalisés sur la seule rive nord (côté Melbou). Le tracé actuel épouse parfaitement la configuration (la défiguration !! devrait-on écrire) du terrain dessinée par les crues de 2003 qui a ravagé des dizaines de mètres des terres agricoles de la rive est, pendant que celles de la rive ouest gagnent autant d’espace, causant un rétrécissement du lit de l’oued ce qui constitue une menace pour le pont, cet ouvrage qui a dû coûter des milliards de centimes au contribuable. Le P/APC de Melbou, contacté par nos soins, plaide pour « la remise de l’oued dans son lit originel en extrayant le tout-venant de manière rationnelle et étudiée.  » Quant aux riverains au nombre de onze, ils nous diront : « nous avons saisi les autorités par une pétition en date du 19 août et nous attendons leur réaction.  » Devant la lenteur de celle-ci, et la tournure fâcheuse que risque de prendre l’affaire, puisque l’entrepreneur mis en cause refuse tout dialogue, fort d’un arrêté du wali l’autorisant à prélever du tout-venant de l’oued Agrioun. « Il a même déposé plainte contre nous au niveau de la gendarmerie de Melbou », nous dira en substance un des pétitionnaires. « Il existe au milieu du lit un talus de quelque 3 m de haut sur 200 m de long et pas moins de 10 m de large. Faîtes le calcul et vous vous apercevriez sans peine de l’équivalent de dizaines de kilomètres de route à aménager », fulmine un autre riverain. En attendant une étude globale sur l’impact de l’extraction du tout-venant, les riverains d’Agrioun continuent à vivre avec l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête.

A. H.