A dix-sept kilomètres du chef-lieu de la commune d’Iferhounene, un petit village du nom de Bouaïdel semble se débattre seul, pour améliorer un tant soit peu son quotidien. C’est ce qui semble ressortir de l’entretien que nous avons eu avec Chikhi Mourad, président du comité du village, qui s’est rapproché de notre journal, en compagnie d’un autre villageois. “Le 20 Août dernier, nous avons dû, faute de monument, déposer sur des parpaings, une gerbe de fleurs à la mémoire des 85 chouhada que compte notre village”, nous dira-t-il. Les travaux pour la réalisation d’une stèle sont à l’arrêt depuis plus de cinq ans, nous dit-on encore.Pourtant, ce ne sont pas les bonnes volontés qui manquent dans ce village, qui a déjà à son actif plusieurs réalisations d’intérêt commun. Que ce soit par le biais du volontariat ou par celui des cotisations, les habitants ont toujours affiché leur disponibilité. Ainsi le problème crucial de l’eau a été réglé grâce aux habitants qui ont réussi à acheminer le précieux liquide sur une longue distance jusqu’au château d’eau du village. Ce qui a nécessité la réalisation d’une bâche à eau ainsi que l’achat de pompes aspirantes et refoulantes. Le coût des travaux a été estimé, à l’époque, à 380 millions de centimes, sans compter l’aide physique des habitants, chaque fois que cela s’est avéré nécessaire. “Actuellement, les maisons sont alimentées par l’eau de ces captages que nous avons nous-mêmes réalisés. Aucune goutte d’eau venant de l’ADE ne pénètre plus dans le château d’eau”, affirme notre interlocuteur. Concernant le réseau d’évacuation des eaux usées, “c’est le village qui a pris en charge, grâce au volontariat, les frais de main d’œuvre. L’APC s’est limitée à nous fournir les matériaux”. L’état de la route de Bouaïdel, ouverte d’ailleurs par le village, ne permet le passage que des véhicules de petit tonnage sur plus de six kilomètres. Cela se fait ressentir en période scolaire où les filles scolarisées sont acheminées en camions aménagés puisque les bus de l’APC ne peuvent arriver au village. Quant aux garçons, on leur propose l’internat. Pour se mettre en contact avec le monde moderne, il faut rejoindre Iferhounene-ville pour se rendre ne serait-ce que dans un cybercafé ou à la maison de jeunes. Ce qui n’est pas, souvent, aisé lorsqu’on doit parcourir une trentaine de kilomètres en aller et retour. Ce vide est ressenti par tous comme un oubli de la part des autorités. Les représentants de cette communauté ne baissent, pourtant, pas les bras et ne cessent de se battre pour apporter un petit souffle de développement aux leurs. C’est dans ce sens qu’un vieux local appartenant au village a été détruit dans le but de réaliser une bibliothèque. Une quête est organisée pour ériger d’abord la bâtisse. Quant à son équipement, on y pensera au moment opportun. “Ce qui nous pousse à nous occuper de nous-mêmes malgré nos maigres revenus est le fait que nous ne pouvons pas bénéficier de ce qui se réalise au chef-lieu”, dira un autre citoyen qui justifie ses affirmations par le fait que la distance séparant les deux agglomérations est déjà un handicap. La communauté continue à s’occuper de choses et d’autres grâce à la solidarité de ses membres, qui n’attendent pas que l’on s’occupe d’eux. Les projets sont classés dans l’ordre de priorité bien qu’ici rien ne soit superflu. Nous pouvons citer à titre d’exemple, le danger de la rue. En effet, les passants sont constamment en danger lorsqu’il s’agit d’emprunter certaines rues situées sur le bord d’un ravin. Une barrière de sécurité serait la bienvenue. Le danger est encore plus accentué, de nuit, par manque d’éclairage public. Cependant les moyens des villageois sont limités et ne peuvent de ce fait se substituer à l’état. Ils ne demandent pas une assistance totale, eux qui ont démontré à maintes reprises qu’ils peuvent faire face à des situations où d’autres se laisseraient emporter par le désespoir. Lors des neiges d’il y a deux ans, les habitants ont ouvert eux-mêmes leur route, se sont occupés de leur malades et même des familles démunies. Ils demandent, seulement qu’on s’intéresse à eux, en fonction de leur situation d’éloignement du chef-lieu.
Nacer Benzekri
