Au sein des villages, d’aucuns savent que l’olivaison débute chaque année le 25e jour du mois d’octobre mais, présentement, la cueillette des olives n’a pour ainsi dire pas provoqué énormément d’enthousiasme.
Jadis, les arbres rustiques que sont les oliviers accaparaient toute l’attention des cultivateurs, lesquels les élaguaient, retournaient la terre des oliveraies, du moins autour de l’arbre pour y permettre l’infiltration des eaux de pluie, greffaient les arbustes d’oliviers sauvages, etc. Tous les travaux étaient exécutés à des périodes bien précises de l’année, et rien ne se faisait au hasard.
Aussi, l’arrivée de la période de l’olivaison évoquait la vie champêtre avec ses couleurs et senteurs, l’existence rude mais belle des campagnards, la valeur du travail, l’attachement à la terre, l’entraide (Tiwizi), l’ordre par opposition à l’anarchie grâce à l’instauration de « tamuqint » qui harmonise le ramassage des olives au sein des villages.
Côté écologique, le feuillage fourni et persistant des oliviers contribue à la purification de l’air grâce au phénomène de la photosynthèse et tient éloignés les volatiles qui y établissent leurs gîtes ou nids et se nourrissent d’olives.
Mais les incendies à répétition, réduisent à chaque fois le nombre d’oliviers dans les plantations au point de menacer l’existence même de cette espèce d’arbres oléagineux, et les aléas de la nature comme les tempêtes de neige de l’hiver 2004 (les branches d’oliviers ne résistant pas à l’amoncellement de la poudreuse), la sécheresse comme celle de cette année, suite à un mois d’octobre des plus chauds, ne permettent guère un meilleur rendement.
Il est donc certain que les séquences relatives à la compagne oléicole, à partir du ramassage des olives dans les oliveraies jusqu’à l’extraction de l’huile alimentaire dans les huileries traditionnelles ou modernes, se trouvant dans les villages de la commune Tifra, ne dureront pas, comme autrefois, jusqu’à la saison hivernale.
Au demeurant, il est impératif de replanter les oliveraies dévastées, et la précision mérite d’être faite, car la campagne de replantation des arbres fruitiers ayant eu lieu par le passé, suite à l’incendie de 1983, a visiblement échoué, étant donné que les arbres plantés n’ont pas survécu. Le patrimoine oléicole de la commune de Tifra s’achemine vers une extinction quasi certaine, à moins qu’à l’avenir les moyens pour sa protection ne soient mis en œuvre.
Encore que l’on ne parle jamais assez de la dévitalisation de l’espace rural qui est un phénomène réel en Kabylie, question d’ouvrir une parenthèse. On peut inclure à juste titre la destruction par les incendies du potentiel oléicole des communes de Kabylie sous l’enseigne de ce même phénomène dévastateur qui en réalité se ramifie sur plusieurs dimensions restant toutes à décoder en vue de mettre au point des plans d’action de relancement et de revitalisation suivant une nouvelle politique de gestion des régions et espaces.
Nadour Youcef
