Désillusions

Beaucoup de ceux qui ont choisi l’exil en 2001 reviennent. Après les événements douloureux que la Kabylie a connus, des dizaines de jeunes ont réussi à partir.

Munis de visa de tourisme, ils ont vécu dans la clandestinité, la plupart d’entre eux n’ayant pas réussi à régulariser leur situation. Beaucoup, au départ ont été accueillis par des parents, résidents de longue date en France, d’autres ont été aidés par des amis, des gens de leur village : on les a hébergés, on les a aidés à trouver du travail (au noir s’entend), bref, ils ont réussi à se faire une place, étroite certes, mais une place quand même.

Ces jeunes expatriés rêvaient, quand ils étaient dans leurs villages, d’un autre monde, fait de plaisirs et de liberté. Ils croyaient trouver du travail avec facilité, acheter un logement, une voiture, avoir des copines, mener la belle vie, quoi. Les désillusions sont vite venues : il faut se contenter d’une chambre insalubre pour dormir, vivre d’expédients… Certains doivent même dormir sous les ponts ou vendre des fruits dans les bouches de métro pour pouvoir manger… Avec, en prime, la peur de se faire prendre, le racisme ambiant, les humiliations…. Misère pour misère se sont dits certains, autant retourner chez soi où au moins on n’est pas humilié et on est proche des siens.

C’est ainsi qu’ils sont revenus. L’exil n’aura pas été seulement une désillusion, un rêve avorté : il a été aussi une expérience, un apprentissage : c’est en Algérie et non ailleurs que l’avenir se construit.

S. Aït Larba