Les quêtes précises de Nora Hamdi

Elle connaît bien la banlieue qui a décidé de se rebeller en France. Dans une anarchie totale, cette rébellion a fini par être écoutée par les autorités françaises. Mais il reste encore beaucoup de boulot à faire pour trouver des solutions aux différents problèmes. Née à Argenteuil, artiste autodidacte multisports, graffeuse, peintre et réalisatrice, Nora Hamdi a publié un manga punk, Trois étoiles au Diable Vauvert en 2002.

Après Des poupées et des anges, lauréat du Prix Yves Navarre 2005, Plaqué or est son second roman. Nora Hamdi connaît bien les banlieues de la région parisienne et c’est au cœur de celles-ci qu’elle a décidé d’installer les personnages de ses deux premiers romans, Des poupées et des anges et Plaqué or, publiés par les Editions Au Diable Vauvert. Dans Des poupées et des anges, Lya, la narratrice vit dans le bloc 123 B d’une cité de la porte de Choisy où elle tente avec ses copines – Marie qui vient de sortir d’un foyer de redressement et Wanessa – d’échapper à l’univers blême de leur quotidien. Lya observe aussi, avec un regard critique, la fascination, réelle ou feinte, de sa sœur Chirine pour les paillettes du monde de la mode et du show-business. Cette dernière emportée par ses miroirs semble prête à tout pour réussir. Sa chute n’en sera que plus douloureuse même si la fin du livre laisse entrevoir la lueur de nouveaux espoirs.

Plaqué or est l’occasion d’un autre duo, celui constitué par un frère et une sœur. Il est saxophoniste, admirateur passionné de John Coltrane et elle tente sa chance sur les planches des théâtres…

Deux destinées que l’art et la création vont emporter dans un parcours chaotique. « Dans l’un et l’autre de ces deux romans, les jeunes personnages cherchent à s’évader, à quitter l’environnement qui les oppresse, à fuir la famille qui les rejette et ne les comprend pas, à construire leur identité dans un monde qui s’emploie à les nier », estime le quotidien La Nouvelle Répubique. Nora Hamdi sort du lot de ceux qui écrivent d’une certaine façon en France mais elle n’est guère médiatisée.

Dans une langue moderne, imagée et musicale, Nora Hamdi déroule les itinéraires parallèles de Seloula et Hédi, elle actrice intermittente, lui, saxophoniste, deux enfants d’immigrés ayant tout à inventer de leur identité française. Séparés dès l’enfance, déracinés mais libres d’attache, ils traversent Paris, des quartiers privilégiés aux plus démunis, et portent sur leur destin un regard à la fois acerbe et drôle, sublimé par le désir et le talent de vivre. « C’est l’histoire exemplaire d’un frère et d’une sœur qui iraient tout droit dans le mur s’il n’y avait pas ce livre. Dans ce roman miroir, l’héroïne liquide les séquelles des histoires déchirées ». Cette écrivaine tente de trouver son chemin; elle semble être sur la bonne voie. « Même si c’est un raccourci c’est toujours le même bordel.

Dans la rue, derrière le Champion, je change de trottoir pour ne pas croiser la petite foule de Roumains qu’on voit dans le métro. De plus près, ce sont des arrivants de l’Est. Ils doivent venir de l’après-guerre. Leur peau et leurs cheveux sont clairs et pâles. Je les observe se bousculer devant une benne pleine de bouffe. Les uns sur les autres, ils s’arrachent des produits périmés.

D’autres, derrière, prennent des fruits, des légumes noircis. Par terre, un petit garçon se faufile à quatre pattes, il récupère la nourriture tombée au sol, ramasse ce qu’il peut, pousse un peu avec ses mains. Je détourne la tête, j’ai honte d’être humaine. Je change de rue », écrit-elle. Il y a peu d’écrivains dans les cités en France. Quand ils sont d’origine algérienne, ils sont encore plus rares. C’est pour cela que Nora et ses semblables peuvent être des exemples.

Farid Ait Mansour