Le parfum de Marie-Antoinette ressuscité plus de 200 ans après sa mort

Francis Kurkdjian a utilisé des techniques du 18e siècle sur la base de listes d’ingrédients exhumés en 2004 par Elizabeth Feydeau, qui écrivait un livre sur le parfumeur de l' »Autrichienne ».

Le résultat est un mélange qui combine des senteurs d’iris, de rose, de jasmin, de fleurs d’oranger avec des touches de bois de cèdre et de santal, de musc du Tonkin et d’ambre gris, selon une porte-parole du Château.

« J’avais un problème majeur, c’est qu’il n’y a pas un document historique qui dit. Ceci est le parfum de Marie-Antoinette », a expliqué M. Kurkdjian, précisant qu' »à l’époque on n’avait pas un seul parfum. On en avait plusieurs, parce qu’on ne pouvait pas les conserver ou les reproduire exactement ».

Grâce aux travaux de Mme Feydeau, « on connaît ses goûts, il y a des traces écrites. On a pris des fleurs qu’on sait qu’elle a porté et qu’elle aimait », affirme le parfumeur.

« On sait qu’elle aimait beaucoup la rose, les notes florales légères, pas les parfums trop puissants, les senteurs trop animales », poursuit-il.

MA, Sillage de la Reine est une série limitée qui sera proposée directement à la boutique du château ou sur son site internet, au prix de 350 euros le petit flacon de 25 millilitres, fabriqué à mille exemplaires.

Les plus fortunés pourront se disputer dix flasques de cristal contenant 25 centilitres du précieux liquide pour la coquette somme de

8 000 euros.

Le bénéfice de la vente servira entièrement à l’acquisition pour 350 000 euros par le Château de Versailles d’une malle de voyage, classée trésor national, ayant appartenu à Marie-Antoinette.

Le parfum est destiné en priorité aux collectionneurs, mais pourrait aussi intéresser les mécènes et plus généralement certains visiteurs qui ne rechignent pas à la dépense, notamment les Asiatiques.

« Nous avons de nombreux visiteurs japonais fortunés », a expliqué Sidonie Gaucher, porte-parole du Château.

« C’est une reconstitution scientifique et historique, ce n’est pas une opération de marketing », selon Mme Gaucher, qui affirme que la sortie du parfum juste avant Noël est due à un retard dans la production.

Dans l’élaboration de MA, Sillage de la Reine, il a cependant fallu trouver un compromis entre la fidélité à l’Histoire et le goût contemporain.

« A l’époque on se lavait moins, on mangeait de la viande faisandée, qui nous dégoûterait aujourd’hui. C’était un monde olfactif complètement différent », selon M. Kurkdjian.

« J’ai allégé la tête du parfum, en rajoutant un peu de bergamote — mais je n’ai rien enlevé », explique le parfumeur pour lequel « l’oeil ou l’ouïe arrivent à accepter ce qui vient d’un autre contexte, mais pour l’odeur il y a une barrière ».