Et pour ce faire, le chef du gouvernement n’utilise point de rhétorique, mais emploie un ton direct qui tranche avec son habituelle langue de bois. « Je souhaite un remaniement ministériel », a, en effet, répondu Abdelaziz Belkhadem à un journaliste qui l’interrogeait sur l’éventualité d’un changement du gouvernement, avant de clarifier plus loin son idée en révélant carrément que son « souhait » est transmis au président de la République. « Il est évident que j’ai parlé au Président du changement de gouvernement et je lui écris régulièrement sur les ministres. Vous n’êtes pas sans savoir que lorsqu’un responsable exprime un souhait, ce souhait doit certainement se concrétiser », dira l’invité de la Chaîne II de la Radio nationale avec un sourire qui en dit long sur son état d’esprit.
Mais si le chef du gouvernement a exprimé sa satisfaction des performances de son règne, l’autre Belkhadem, le secrétaire général du FLN, a jubilé, comme il l’avait fait la veille d’ailleurs, suite à l’obtention par son parti d’une majorité au Conseil de la nation, malgré une frustration due à l’indiscipline de certains de ses élus qui « ont marchandé leurs voix ». Et c’est justement un nouveau débat que lance le chef de la majorité parlementaire, qui lance désormais un appel public à l’adresse des partis politiques pour « combattre la corruption politique » qui, à ses yeux, » empêche l’émergence de compétences dans les assemblées élues »
Révision des codes communal et de wilaya avant les locales
L’autre annonce, et pas des moindres, faite par le Premier ministre lors de son passage à la radio est la prochaine révision des codes communal et de wilaya avant les élections locales du mois d’octobre de l’année en cours. Belkhadem, qui n’a pas donné de date précise, a justifié cela par le souci de permettre une meilleure gestion des collectivités locales. « Comment peut-on demander à une collectivité d’exécuter un grand programme de développement alors qu’elle ne peut même pas payer ses salariés? », s’est-il interrogé tout en plaidant pour la clarification des prérogatives entre tous les intervenants dans la gestion des collectivités, autrement dit définir les lignes de démarcation entre l’administration et les élus.
Si les codes communal et de wilaya seront enfin dépoussiérs, il n’en est pas de même pour la loi électorale. Là aussi, Abdelziz Belkhadem était obligé de jouer les contrastes dus à sa double casquette. Pour le responsable du FLN, la loi doit être révisée parce qu’il y a, selon lui, des anomalies. Il avance à titre d’exemple la nécessité de supprimer la proportionnelle pour les assemblées locales pour permettre de dégager une majorité qui doit assumer le bilan de sa gestion. Pour le chef du gouvernement, par contre, revoir la loi électorale n’est pas une urgence en soi, parce que, a-t-il expliqué, il préfère attendre une majorité hors FLN pour initier une telle entreprise. Cela est argumenté par le fait que, par le passé, cette loi, importante à ses yeux, était révisée selon les convenances du parti majoritaire et répondait, donc, beaucoup plus à des visées partisanes.
Par contre, lorsque Belkhadem est interrogé, une nouvelle fois, sur la révision constitutionnelle, il s’est contenté d’avancer que le scrutin aura lieu au courant de cette année, sans donner de détails sur le contenu, encore moins sur la date. Il a aussi rappelé la position de son parti qui va dans le sens d’un régime présidentiel fort, tout en soutenant qu’il ne « connaît pas le contenu de la mouture du président de la République ». Mais il se dit content que son appel à la révision constitutionnelle soit entendu par le chef de l’Etat. Par ailleurs, le chef du gouvernement a lancé l’idée « strictement personnelle » d’un jumelage des élections locales et législatives pour en »réduire le coût et l’énergie ».
« Les statuts particuliers dans deux à trois mois »
Pour faire le plein et ne pas rater sa sortie, le chef de l’Exécutif s’est attardé, sur insistance des journalistes, sur les questions socio-économiques, notamment les questions de l’heure relatives à l’augmentation des salaires et les conventions de branches.
Ainsi, Abdelaziz Belkhadem qui reconnaît que les dernières augmentations décidées dans la Fonction publique, et même dans les entreprises, sont « insuffisantes », a affirmé que l’élaboration des différents statuts particuliers tire à sa fin. Ces documents seront prêts, selon lui, « dans deux à trois mois au maximum ». Chose qui va permettre, à ses yeux, de revaloriser certains salaires. Cependant, l’invité de la radio a reconnu que la finalisation de la nouvelle grille des salaires prendra encore des mois, du fait de la complexité de la grille actuelle qui comporte plus de « 40 points indiciaires ».
Disparités régionales et affaire Khalifa
Interpellé publiquement par le président de la République sur les disparités régionales, le chef du gouvernement veut réagir vite. Abdelaziz Belkhadem a annoncé, en effet, qu’à partir de mardi prochain, le Conseil du gouvernement recevra chaque semaine un wali pour pouvoir exprimer directement aux ministres les préoccupations de sa région. L’orateur a expliqué son initiative par le souci de donner l’occasion aux walis « de faire un état des lieux exhaustif » sur leurs régions pour permettre au gouvernement de donner « un intérêt particulier aux wilayas démunies ». Il a, cependant, tenté de minimiser la déclaration du chef de l’Etat arguant qu’il s’agit « d’un constat établi sur plusieurs années ».
Sur le plan judiciaire, Belkhadem a confirmé la tenue du procès de l’affaire Khalifa dans les prochains jours. Il a, par contre, contredit le ministre de la Justice sur la date de l’ouverture du procès. Alors que Tayeb Belaiz avait avancé le report de celui-ci au 14 du mois en cours, le Premier ministre a indiqué que « les convocations ont été adressées pour le 8 janvier » et que « les juges sont indépendants et ont toute latitude de choisir la date du procès lorsqu’ils jugent que l’instruction est terminée ».
Ali Boukhlef
