L’élection présidentielle et les “beurs”

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La Fondation du 8-Mai 1945, Association de droit algérien, créée en mai 1990 à Kherrata (Béjaïa), a inscrit parmi ses objectifs la dénonciation, comme crimes de guerre, crimes contre l’humanité, des agissements colonialistes français de 1830 à 1962 et leur reconnaissance par la France afin d’aboutir, en toute logique et justice, à une expression claire et sans équivoque de sa part, de ses regrets et à une demande de pardon.

Sans relâche et avec persévérance, la Fondation a fait de cette revendication son crédo et un leitmotiv de son action. Loin d’elle toute idée de revanche ou esprit de vengeance. Mais par devoir de mémoire envers nos martyrs et les sacrifices, durant la nuit coloniale, consentis par le peuple algérien, on ne saurait oublier les razzias, la déculturation, la famine, l’assévissement, la ségrégation, les meurtres individuels et collectifs, la torture, la privation des libertés, la dépossession des biens et des terres… Malgré toutes les injustices, les souffrances et les atteintes qu’eurent à endurer les Algériens du fait du colonialisme barbare, la Fondation du 8-Mai 1945 a toujours axé sa démarche en faveur d’une réconciliation entre les peuples algériens et français, dans le cadre de l’entente, du respect mutuel et au mieux des intérêts réciproques. Il s’agit pour elle de contribuer à la création des meilleures conditions de mise en place de bases nouvelles levant les hypothèques nées du fait colonial, en vue de l’instauration de relations futures harmonieuses. Cette volonté pour sa part s’est concrétisée par l’établissement de relations sincères et pérennes avec des associations françaises animées des mêmes intentions de compréhension, de coopération et de solidarité afin de bâtir, ensemble, des relations entre les deux pays sur un fondement d’égalité, de complémentaire et de civilité, inscrivant ainsi sa démarche dans la continuité des rapports entre la Fédération de France du FLN et les “porteurs de valises” ou les “frères des frères”, de l’action des syndicats et organisations progressistes et des intellectuels, de l’appel des 121… durant la guerre d’Algérie. Les attitudes dont le respect mutuel a été la règle, honorent leurs pays respectifs.

La Fondation du 8-Mai 1945 a proclamé publiquement son adhésion au projet d’amitié entre l’Algérie et la France, sous réserve d’une reconnaissance et d’une condamnation sans équivoque des crimes contre la personnalité algérienne tant dans sa démission humaine, culturelle, économique que sociale du fait du colonialisme français. C’est la condition sine qua none à un nouveau départ débarrassé à jamais du spectre des scories de l’histoire coloniale. La France s’apprête à élire son président de la République. La campagne de chasse aux voix bat d’ores et déjà son plein. Celles des Français communément appelés beurs sont convoités vu leur importance numérique, donc leur impact. Or, il s’est toujours avéré que leur fidélité à leur partie d’origine n’a d’égal que l’attachement à leur pays d’adoption (“Algérie, pays de toujours, France, pays de tous les jours”). Il ne s’agit nullement pour eux d’un sentiment de déchirement mais au contraire d’une quête de rapprochement. La levée du “contentieux” né du passé colonial entre leurs deux patries, conditionne ce dernier.

N’est-il donc pas opportun, pour eux, leurs associations et d’autres soucieuses d’un avenir qu’on voudrait exemplaire, d’exiger des candidats à la présidence de la République française que des engagements fermes et clairement exprimés en faveur de la conclusion d’un traité d’amitié franco-algérien définissent des relations débarrassées à jamais de cet insupportable anachronisme ?

La Fondation

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