L’enfant venu égayer la famille a bénéficié de deux prénoms, en vertu de la double volonté des parents dont chacun tenait à faire revivre, à travers le nourrisson, objet de tous les soins affectueux de la famille, le père disparu. Ainsi Mohand Ameziane bénéficia de cette faveur et porta fièrement ses deux prénoms, jusqu’au jour où…
En se présentant à l’état civil pour se faire délivrer un acte de naissance après avoir subi, avec patience, la chaîne incontournable des guichets, où le préposé n’est pas toujours présent, il découvre avec stupeur qu’il ne s’appelle plus, que Mohand.
Le préposé répond que « c’est ce qui est écrit sur le registre : vous vous appelez Mohand, Monsieur ! C’est le registre qui le dit ! ». Quant à Ameziane, on peut dire qu’il a disparu dans les méandres d’un état civil en pleine mutation, des registre remplaçant d’autres et… subissant la transcription selon le bon vouloir du préposé chargé de cette mission, lequel n’a même pas conscience qu’il est en train de chambouler des vies et de créer des obstacles à chaque nom « charcuté », ceci débouchant, par la force des choses sur des recours indispensables relevant des prérogatives de la justice si l’on ne veut pas disparaître des fichiers !
Il exigea et obtint une rencontre avec le maire duquel il exigea, en caricaturant un peu la situation ambiguë dans laquelle il s’est retrouvé. Tout en présentant sa carte d’identité portant les deux prénoms il exigera qu’on lui fournisse -puisque « Mohand » est toujours considéré vivant – un « acte de décès » ou une « attestation de disparition » pour « Ameziane ».
Il fallut l’intervention d’un ancien des services de l’état civil pour résoudre ce casse-tête chinois après consultation de l’ancien registre—qui, heureusement, n’a pas disparu dans la tourmente des mises à jour—pour procéder à la rectification indispensable.
Cela fut fait sur le champ avec les excuses du maire. Comme quoi l’état civil existe bel et bien, mais s’il représente l’Etat, il semble que le civisme en soit absent.
Et cela s’est vraiment passé dans une des mairies de Kabylie.
Sofiane Mecherri
