Pour l’aboutissement de toutes les revendications citoyennes

Les victimes des événements de Kabylie espèrent voir la concrétisation, sur le terrain, des aspirations du Mouvement populaire. Lors du dernier conclave de l’interwilayas des archs, qui s’est déroulée dans la commune d’Akfadou, à Bgayet, beaucoup de victimes du Printemps noir se sont déplacés pour l’événement. C’était pour voir de plus près le déroulement des travaux des conclavistes, mais surtout pour retrouver d’autres personnes qui portent le même fardeau qu’elles. Un fardeau très lourd. Depuis 2001 la souffrance de ces gens ne fait que prendre les chemins les plus vertigineux. Ce n’est guère facile de perdre un proche d’une manière tragique et c’est aussi insupportable de vivre avec un mal incessant et d’incommensurables cauchemars. Dans le cadre de la mise en œuvre de la plateforme de revendications d’El Kseur, indemniser les victimes est l’un des gestes concrets qui sont en train de se réaliser, mais il y a toujours une déchéance morale qui range ces personnes qui souffrent, souvent dans un silence qui se prolonge.  » Durant les évènements du Printemps noir, j’ai perdu mon neveu à la fleur de l’âge. Il n’avait que vingt ans. Aujourd’hui, on ne cesse de parler des indemnités dont vont bénéficier les victimes, mais on ne parle jamais d’une vraie réparation morale. Il faut d’abord juger les commanditaires et les auteurs de tous les actes abominables et surtout des assassinats. Je sais bien que ce n’est pas un jeu d’enfant. Toutefois nos martyrs ne reposeront jamais en paix avant que justice ne leur soit rendue. A mon avis le problème aujourd’hui n’est pas de participer ou non aux prochaines élections mais de voir toutes nos revendications satisfaites. Ce n’est pas utopique, nos aspirations sont justes et réalisables. On n’a jamais demandé l’impossible. Malheureusement, le mouvement citoyen a raté les grands virages de son histoire. Au lieu d’aller au substantiel des choses, nos délégués nous entraînent dans de faux débats et passent souvent à côté de la plaque », estime un proche d’un jeune assassiné par les gendarmes en 2001, qui préfère garder l’anonymat. Certains parents des martyrs ne pouvaient même pas aborder ce sujet avec nous.

Nous avons tenté à moult reprises de les convaincre de parler avec nous pour la presse mais en vain. La plupart de ces gens (des vieux en général) préférèrent nous raconter leur souffrances mais sans que cela soit publié dans la presse. Ils préfèrent laisser le temps au temps pour dire « le mal silencieux ». Dans la salle il y avait un jeune de la région de Béjaia. Il ne se gêne pas pour se confier à nous. Il s’appelle Bnidiri Hamza. « J’ai été gravement blessé lors des événements en 2003. J’ai eu une grave blessure à la tête et il m’a fallu beaucoup de temps pour retrouver ma forme. Ce que je souhaite aujourd’hui c’est de voir l’aboutissement des luttes démocratiques. A l’instar de tous les Kabyles et de tous les Algériens, je veux vivre dans un pays de droit où je serai respecté en tant que citoyen entier. Je veux que cesse la Hogra, l’injustice. J’espère que notre pays se démocratisera. C’est pour une Algérie démocratique que sont tombés 126 martyrs.  » Le conclave est arrivé à sa fin et tout le monde est rentré chez lui, mais les blessés et les parents des jeunes assassinés durant  » le printemps maudit  » n’oublieront jamais le spectre de la souffrance et des souvenirs douloureux qui tardent à être chassés de leurs esprits. Peut-être qu’un jour le rêve de ces personnes et de beaucoup de filles et de fils du pays de Matoub concrétiseront les aspirations qui ne sont que des songes lointains. En attendant, ils rêvent, ils rêvent toujours…

Yasmine Chérifi