Petite ville située à une centaine de kilomètre au sud-est d’Alger, au pied sud du massif montagneux du Djurdjura, Bouira a beaucoup de peine à s’offrir un statut de ville, centre d’animations en tous genres et en toutes activités socio-économiques vitales pour ses habitants. Souvent qualifiée de ville carrefour parce qu’assurant la jonction de plusieurs axes routiers nationaux, elle n’est cependant pas en mesure de se transformer en un carrefour culturel qui profiterait de et pour sa diversité et ses richesses sociolinguistiques.
Sa proximité d’Alger, ses frontières sud avec les wilayas de M’sila et Bordj Bou Arreridj et son ancrage dans la grande Kabylie font que sa population est partagée entre la musique chaâbie de l’Algérois, la chanson kabyle revendicative et identitaire et l’art sahraoui. Il est bien entendu vrai que la jeunesse est éprise de chansons Raï de l’ouest Algérien, tout comme l’est toute la jeunesse algérienne depuis deux décennies ou plus, mais les autorités, jusque-là en charge du dossier culturel à Bouira, au lieu de faire fructifier cette diversité, faisaient dans la spécialisation et la folklorisation qui ont fini par ghettoiser les sous-régions du département. Avec l’arrivée d’un nouveau directeur de la culture dont les activités augurent de changements profonds dans le secteur, il est à espérer une redynamisation des activités et une réorientation des efforts des autorités locales. La ville, quant à elle – vu ses insuffisances infrastructurelles et la désintégration culturelle de sa population- s’est réduite à un simple espace urbain désarticulé, souvent très mal géré et en deçà des attentes de ses citoyens. C’est ainsi que l’on n’enregistre aucune manifestation littéraire, musicale ou scientifique. Les quelques tentatives timides faites ces dernières années n’ont pas réussi à drainer les foules, encore moins à faire émerger des artistes ou à offrir une chance de libres expressions aux artistes anonymes que recèlent sans doute aucun la ville et ses sous-régions.
Même les manifestations commerciales sont absentes à Bouira. Pas de braderies, pas de foires et encore moins des expositions comme cela ce fait ailleurs dans les autres villes du pays.
Malgré tout, on continue à rêver d’un sursaut socioculturel à la faveur des changements opérés à la tête de la Direction de la Culture de la Wilaya de Bouira et des initiatives louables et encourageantes de cette autorité pour peu que la population y adhère massivement.
Djeffal Abdelaziz
