Le 18 mars 1962, le Lion des djebels, feu Krim Belkacem, signe au nom du gouvernement provisoire de la république algérienne les accords qui mettent fin à sept années et demi de lutte armée et à plus d’un siècle d’un colonialisme sauvage. Ainsi, entré en vigueur le 19 Mars 1962 à midi, le cessez-le-feu décrété entre l’Armée de libération nationale et la France allait permettre aux Algériens de connaître enfin leur indépendance avec néanmoins un sacrifice d’un million et demi de chahids. Aussi, en cette journée historique du 19 Mars qui est également depuis un certain temps la Journée nationale de la victoire, les villageois de Tizra Aïssa qui a vu naître cet héros national, qui avait non seulement participé à allumer le grand brasier de la Révolution armée mais qui avait également été amené par le destin qui lui est propre à obliger l’ennemi à reconnaître, devant le monde entier, à signer sa défaite. Malgré les vicissitudes de la période passée qui faisait de cette journée glorieuse un tabou, il est heureusement arrivé le moment où l’histoire devait retrouver son cours. Pour ce quarantième anniversaire de la victoire et de la signature des accords d’Evian, le comité du village Tizra Aïssa et l’association culturelle “Tharwa n’Krim Belkacem” ont préparé un riche programme avec en premier lieu l’inauguration de la plaque signalétique du musée Krim-Belkcem, qui est en fait un portique dressé à l’entrée du village, sur le chemin allant de Aït Yahia Moussa vers Draâ Ben Khedda, en passant par Iallalène en présence de moudjahidine, enfants de chahids et des élus de certaines localités de la daïra de Draâ El Mizan alors que l’absence des officiels était totale. Au demeurant, le musée Krim-Belkacem a abrité une importante exposition alors que dans certaines pièces étaient projetés pour la première fois des films historiques grâce bien sûr, au nouveau matériel audiovisuel, peu encombrants et très performant, à savoir les micros portable et les data shows. Les prises de paroles, bien qu’elles ne soient pas nombreuses ont été très émouvantes à commencer par celle du propre frère du héros, en l’occurrence Arezki Krim, qui retracera la vie de son aîné tout en donnant des détails, plus particulièrement ceux relatifs aux relations de leur père et de son frère Krim. “Lorsque Krim est venu pour nous emmener mon frère Rabah et moi mon père avait essayé de le dissuader du fait qu’il ne resterait aucun homme avec les femmes, mais Krim lui avait répondu que peu lui importait, il y avait l’Algérie avant tout!”.Invité par le jeune animateur à témoigner, Akli Mahrez, grand invalide de guerre n’a pas pu terminer son intervention tant les souvenirs de son chef étaient toujours vivaces dans sa mémoire, malgré son âge avancé. “J’ai reçu plusieurs balles dans mon corps dont certaines en pleine figure. Evacué en Tunisie où j’ai eu l’honneur de rencontrer pour la première fois ce grand chef et c’est sur ses ordres que j’ai été transféré à l’étranger, plus exactement en Tchécoslovaquie où les chirurgiens me donnaient uniquement 5% de chance de réussite. Informé, feu Krim Belkacem me fait rapatrier en Tunisie pour m’envoyer en Allemagne, dans une ville appelée Leipzig. Là également, les médecins me donnaient 5% de survie à mes interventions chirurgicales. Déçu, feu Krim Belkacem me rapatrie une seconde fois pour m’envoyer en URSS, à Odessa et là, les médecins russes ont fait un miracle en m’enlevant les balles du corps sans mettre en danger ma vie”.
Arrivé à ce niveau du récit, le vieil homme éclate en sanglots devant les dizaines d’enfants qui doivent se demander comment un vieil homme peut sangloter tout comme eux ? Très applaudi, Akli Mahrez est réconforté par les organisateurs et retrouve peu après ses esprits alors que le secrétaire général de l’ONM de Tizi Ouzou apporte son témoignage sur la mission dont il a été chargé en 1958 qui consistait à assurer la sécurité et la protection de feu Krim Belkacem. Alors qu’il était près de treize heures, les lauréats du concours de dessin organisé par les dites associations ont été invités par l’anima afin de recevoir leurs prix alors que leurs œuvres ont fait l’objet d’une grande exposition. Ensuite, tous les invités ont été conviés à déguster le traditionnel plat de la saison, à savoir du couscous aux fèves vertes arrosés d’huile d’olive “cuvée 2007” servi dans des plats traditionnels en plein air. Durant ce sympathique repas, très montagnard, les prétendants aux prochaines législatives qui n’ont pas hésité à manger par terre dans le même plat que les autres, en attendant les méchouis, qui ne seront jamais servis à Tizra Aïssa.
Essaïd N’Aït Kaci
