La crise du lait s’exacerbe

l Produit de première nécessité, le lait, qui constitue un des éléments nutritionnels incontournables du régime alimentaire de l’Algérien, se raréfie sur les étals des commerçants au grand désarroi des citoyens. Se procurer un sachet de lait n’est pas une sinécure. Phénomène qu’on croyait à jamais effacé de la mémoire de l’Algérien, des files de femmes, d’hommes et de bambins à la recherche de ce produit font leur apparition dans de nombreux quartiers de la capitale. Les mêmes images reviennent également dans d’autres régions du pays. C’est le temps de la disette. Eclairages. Contrairement à certaines idées reçues, la raréfaction du lait n’est pas le résultat d’une grève des producteurs privés de lait, mais le corollaire d’une flambée des prix de la poudre de lait sur le marché international. Les prix sont passés de 2 500 dollars la tonne à 2 800 avant d’atteindre 3 000 dollars. Compte tenu de ce prix, les industriels laitiers tablent sur un prix de 39,47 DA pour un litre de lait alors que les pouvoirs publics persistent à maintenir le prix de cession administré à un seuil de 23,35 DA. Il faut dire que la flambée des prix de la poudre a mis sens dessus dessous la filière du lait notamment dans le secteur privé qui couvre pas mois de 60 % du marché national. De nombreuses unités de production ont déjà mis la clé sous le paillasson, incapables de faire face aux soubresauts d’un marché mondial capricieux et d’une offre européenne pas assez conséquente. Des motifs qui continuent de peser lourdement sur l’avenir de la filière du lait, peu rentable pour de nombreux producteurs laitiers, surtout avec le maintien du prix du litre de lait à un prix de 25 DA. De son côté, Abdelwahab Ziani, président de la Fédération agro-alimentaire, membre de la Confédération des industriels et producteurs algériens, a soutenu récemment que parmi les 78 unités qui existant à travers le pays, une soixantaine d’usines de transformation de lait en poudre, ont dû cesser leurs activités suite à la flambée des prix du lait en poudre sur le marchés mondiaux. Il a affirmé avoir interpellé les pouvoirs publics, notamment le ministère du Commerce, quant aux risques avérés d’une pénurie à long terme. Et de déplorer l’attitude de celui-ci, lequel, selon lui, a vite fait de dégager sa responsabilités. En cas d’une intervention du ministère, M. Ziani a suggéré qu’il serait préférable de faire des appels d’offres aux producteurs de poudre de lait et attendre que les premiers stocks soient réceptionnés par les unités de transformation. Contacté par nos soins, M. Benâbou, secrétaire général de la Fédération nationale de l’agroalimentaire affilié à l’UGTA, a émis le vœu, pour sa part, de la création d’un « office du lait », qui aura pour mission de subventionner l’achat de la poudre de lait. Notre interlocuteur a plaidé pour le maintien du prix du lait à son niveau actuel. En somme, et en dépit de déclarations alarmantes des producteurs privés, les pouvoirs publics, particulièrement le chef du gouvernement et le ministre du Commerce, se sont montrés très rassurants. Belkhadem avait déclaré, au courant du mois de février, que la question était réglée, que le prix du lait restait inchangé et que des mécanismes destinés à réguler le prix de ce produit de base étaient en cours d’élaboration. Depuis, rien ne semble être entrepris puisque la crise se fait toujours persistante et le citoyen court les rues…derrière le sachet de lait.

Hocine Lamriben