Des écrits pleins de lucidité

Ses livres font parler de lui dans le pays de Molière et ailleurs. Boualem Sansal fait partie des écrivains algériens, vivants, ayant une reconnaissance « internationale ».

Le livre intitulé Harraga est l’une de ses œuvres phares. « C’est le brûleur de route », expatrié quelqu’un volontairement, ou presque, en quête d’une meilleure vie ailleurs. Harraga, c’est l’islam, le fanatisme, et Alger qui poussent sa jeunesse sur les routes sinueuses ; l’exil pour les garçons, l’exode pour les filles. Ce quatrième roman de Boualem Sansal, c’est aussi le regard amer et tendre sur cette Algérie qui se cherche. Une terre où il y a nombre de questions sans réponses.

C’est aussi, et surtout, la parole de Lamia, ses deuils, son désespoir du monde. Enfermée dans sa vieille maison familiale hors du temps. Vieille fille, vaincue et subjuguée d’avance par le tourbillon d’égoïsme, d’enfance et d’inconscience portant la vie qu’est Chérifa, elle renaît à l’amour et à la révolte. Caustique, parée d’une insolence salvatrice, Lamia nous livre son histoire, ses réflexions intimes, avec pour méthode d’introspection esprit et autodérision.

Elle dénonce l’arbitraire des « défenseurs de la Vérité », quand des personnes mêlent la religion et le fascisme, la beauté est emprisonnée. Entre émir et imam, la loi des barbus pèse sur les libertés élémentaires, s’abat sur les femmes, et plombe les rues d’Alger.

Cette prose cathartique, écrite avec un très beau style, ne s’égare pas dans le pamphlet malgré son sens jubilatoire de la formule, mais donne une dimension troublante et rare au récit, n’occultant en rien le talent du romancier.

Semé de poésies, Boualem Sensal dresse un portrait de femme intransigeant, émouvant, sondant avec brio l’âme féminine, les affres de la solitude et du renoncement, narrant quatre actes d’une vie qui cherche la lumière. Ce texte fabuleux et tant d’autres, sont publiés aux éditions Gallimard en France.

Yasmine Chérifi