Vingt-trois ou trente morts. Les chiffes sont contradictoires, mais les faits sont là : le terrorisme a frappé et très fort.
Au-delà des chiffes avancés, qui illustrent la gravité du drame, la symbolique des attentats d’hier a battu tous les records, y compris ceux de la décennie 90, avec ses massacres collectifs et autres attentats à l’explosif. Car, si ces attentats ne sont pas nouveaux, la cible l’est. Une institution de souveraineté, l’imposant Palais du gouvernement est visé par un procédé peu connu jusque-là en Algérie, l’attentat suicide. Mais qu’est-ce qui a fait que des attentats frappent au cœur d’Alger et en ce moment précis ? Les services de sécurité sont-ils si légers pour qu’une organisation terroriste puisse, si facilement, préparer son acte ?
Difficile de répondre à toutes ces questions en l’absence d’éléments fiables. Mais des évènements, pas si lointains, auguraient déjà un scénario qui plongerait la capitale dans l’émoi et la peur. Alger a, en effet, vécu une accalmie qui a duré près de quatre ans. Les Algérois se permettaient même d’oublier la psychose des années rouges, malgré la subsistance des stigmates d’une période qu’on croyait révolue. Mais voilà que dans la nuit du 29 au 30 octobre 2006, deux déflagrations avaient soufflé les commissariats de Réghaïa et Dergana, dans la banlieue est d’Alger. Le bilan officiel faisait état de deux morts et plusieurs blessés, dont des citoyens. Le nombre de victimes n’est pas effarant, mais le but est atteint : la peur est de retour.
Ce n’est pas fini. Alors qu’on croyait l’acte isolé, sept bombes explosent de manière quasi simultanée dans plusieurs wilayas du Centre, notamment en Kabylie. Huit personnes y ont laissé leurs vies, dont quatre gendarmes à Si Mustapha.
Pendant ce temps, le discours politique des responsables reste des plus rassurants. Alors que le ministre de l’Intérieur tentait, à plusieurs reprises, de minimiser la force de frappe des groupes armés encore en activité, notamment le GSPC, devenu allié régional d’El Qaïda, les qualifiant de « poches », le DGSN, Ali Tounis, est allé très loin : « Il est quasi impossible de voir des attentats perpétrés dans Alger intra-muros ».
S’il est vrai que la lutte sur le terrain contre le terrorisme n’est jamais interrompue, la vigilance a sensiblement baissé, notamment à l’intérieur des villes. La situation a permis aux terroristes de réactiver des réseaux dormants, aidés en cela par des dizaines de repentis qui auraient repris leurs activités.
L’opération menée par l’armée depuis des semaines à Amizour montre bien que les effectifs de la nébuleuse El Qaïda restent toujours importants, malgré les rédditions enregistrées dans le cadre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Sur le plan politique, les attentats d’hier témoignent d’un nouveau visage des méthodes adoptées par les organisations terroristes. Et ceux qu’on qualifie de « poches » ne sont, apparemment, sensibles ni aux appels de « la réconciliation » ni à la mansuétude de l’Etat qui a offert plusieurs occasions aux sanguinaire. Sans écho. La question qui reviendra avec insistance est celle de savoir comment réagiront les autorités à cette nouvelle situation.
Car, maintenant qu’aucune limite n’est respectée, une nouvelle donne est là. Les citoyens replongent dans la psychose et l’attente.
Ali Boukhlef
