Entre pressions politiques et précarité sociale

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La Journée internationale de la liberté de la presse revient chaque année. Mais les circonstances sont différentes d’un pays à un autre. Si la décennie 1990 a marqué les Algériens, en particulier les journalistes, par les assassinats ciblés des hommes et femmes des médias, celle de 2000 a changé. Sur le plan politique d’abord, où la corporation est marquée, notamment, par la promulgation des amendements du code pénal qui pénalise le délit de presse. Un délit, dont les contours liés notamment à la définition de la diffamation ne sont pas précisés. Et si l’emprisonnement des journalistes n’a été appliqué que dans de rares occasions, sous couvert de délits économiques, parfois vérifiés, la menace pèse sur la tête des journalistes au même titre d’ailleurs que les éditions qui risquent d’être fermées à la moindre saute d’humeur d’un juge ou d’un responsable. Et les conséquences sont déjà visibles : l’autocensure devient une règle dans la majorité des rédactions. La situation est aggravée par les conditions socio-économiques dans lesquelles vivent aujourd’hui la plupart des travailleurs de la presse, les journalistes en premier. Du statut d’élite dont jouissait jadis la corporation, il ne reste que des miettes. En l’absence de statut particulier qui protège les journalistes et avec la complicité des pouvoirs publics, des dizaines d’hommes et femmes des médias vivent dans la précarité la plus totale. Si certains vivent avec femme et enfants dans de minuscules chambres d’hôtel, d’autres sont exploités dans des rédactions avec des salaires qui n’atteignent même pas le SNMG. Et pour longtemps, puisqu’ils restent dans cette posture des mois durant. Ni stagiaires, ni conventionnés, ces journalistes sont même dépourvus des minima sociaux, notamment la déclaration à la sécurité sociale. Et ce n’est malheureusement plus une exception, mais c’est devenu la règle. Le décor ne se déroule pas bien entendu dans un chantier, mais bien à la Maison de la presse. Là où les journalistes sont appelés à éclairer les lecteurs et prendre le risque d’aller là où les citoyens ne peuvent accéder. Mais derrière cette image mythifiée, se cache une misère qui touche de plus en plus de soldats de la plume.

A cette précarisation sociale, une nouvelle donne menace les journalistes. Il s’agit souvent des pressions exercées par les annonceurs de publicité sur les rédactions. Si les entreprises sont pourvoyeuses de publicité, ce qui permet aux journaux de maintenir leurs équilibres financiers, des injonctions ont poussé jusqu’au licenciement de journalistes qui ont refusé, ou parfois oublié, de faire des articles de complaisance. Il faut signaler, ici, que les pressions viennent aussi de partis politiques et parfois d’institutions étatiques de divers domaines. Et la liste est encore longue. Les lendemains sont peut-être enchanteurs. Mais le bout de tunnel n’est pas pour demain….

Ali Boukhlef

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