Dans la campagne électorale, les trois formations de l’Alliance présidentielle se sont retrouvées dans un dilemme patent. Exposées à leurs bilans respectifs dans l’Hémicycle Zighoud-Youssef, elles tentent, tant bien que mal, de trouver un style différencié de discourir sur leur propre programme. Pour autant, à chaque sortie de leurs leaders ou représentants, ils ne font que réitérer leur soutien inconditionnel au programme du président de la République et les accomplissements économiques et politiques à travers leur labeur. Mais à quoi consiste alors, un programme électoral, si l’on ne se sert que pour amadouer un électorat avant de tourner la page de la campagne au lendemain des résultats du scrutin puis renouer avec le soutien au programme du président de la République, voire s’y identifier pleinement ? Le RND qui n’hésite pas, par la voix de son S. G, à s’attaquer ouvertement à son premier allié, le FLN, qu’il accuse de verser dans le » populisme » et de se réapproprier la démarche de la coalition gouvernementale, tout en défendant, avec une nuance crainte, le même projet de société, celui de la réconciliation nationale et son corollaire socioéconomique. A en croire les brins de prophétie, propres à chaque formation de l’Alliance, le 18 mai, véhiculera immanquablement une nouvelle ère. Les candidats vont s’efforcer donc, à faire admettre aux simples citoyens que cette ère va bel et bien débuter. A commencer par le FLN qui marquera sa course pour réussir la prouesse de maintenir le statu quo d’une majorité à la Coréenne, sous le slogan « Main dans la main pour l’édification d’une Algérie glorieuse » et qui accuse son » frère-ennemi » d’avoir freiné l’adhésion de l’Algérie à l’OMC. Idem pour le MSP qui, sous le slogan » pour un changement serein « , et qui pourtant fait partie depuis longtemps du cercle de prise de décision au sein de l’Alliance, prônent l’application d’un même programme économique et politique, celui du président Abdelaziz Bouteflika. Leurs favorables abrogations de l’Article 44 bis du Code pénal et l’ouverture du champ audiovisuel contraste cruellement leurs positions initiales. Un sport dans lequel excelle la coalition gouvernementale, particulièrement Soltani, par exemple, quand il soufflait ses orages dans un verre, tout comme son groupe parlementaire qui fait trop de bruit avant de voter contre ses convictions, les deux mains levées. Autant de paradoxes à l’occasion de cette campagne qui nous renseigne sur l’esprit peu démocratique des islamo-conservateurs et leur gestion gouvernementale. Ceci ne peut nullement renforcer l’esprit de l’alternance au pouvoir et celui d’une compétition équitable. Car, vanter le programme du Président équivaut à exploiter son personnage obliquement et jeter toute responsabilité de faillite sur lui. Cela signifie aussi le manque de vision dans ces structures réduites à jouer leur va-tout sur un programme encore qui n’est pas le leur et qui, très logiquement, ne correspond pas à leurs aspirations politique et économique, du moins en partie, où le citoyen se retrouve confus et déconnecté et ne sait plus à quel saint se vouer. Car si c’était le cas d’une démarche semblable, il n’y a plus lieu de parler d’Alliance mais faudrait-il peut-être penser à créer un parti qui garantira un soutien sans faille au Président (du moment ?) et remettre leurs programmes et projets de société aux calendes grecques. Leurs lignes de conduite doivent être revues de fond en comble, au risque de se méprendre dans un échiquier politique en voie de reconfiguration notamment, après l’avènement d’autres alliances qui rivaliseront désormais avec l’hégémonique triumvirat FLN-MSP-RND.
L’amalgame des prérogatives
Dans les anciennes démocraties, les candidats ayant des fonctions de responsabilité au sein de leurs gouvernements respectifs démissionnent et s’abstiennent de faire campagne sur le dos d’un gouvernement représentant leur nation à l’image du leader français de l’UMP, ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Malheureusement, il n’en est pas de même dans notre République.
De là à dire que les ministres-candidats peuvent avancer leurs propres réalisations, ce qui est tout bonnement réfutable, entremêlent les prérogatives ministérielles à celles des candidats potentiels à la députation.
Le meilleur exemple est à tirer de la sortie du chef du gouvernement qui s’est lancé, samedi dernier, dans un meeting à Constantine, dans un exercice arithmétique en vue de convaincre les électeurs à voter pour les candidats de son parti. Il s’est ainsi targué de la construction de » 1 542 lycées, 4 500 CEM et 18 000 écoles primaires « , depuis que sa formation détient la majorité au sein des différentes assemblées élues. Comme s’il s’agit de l’œuvre particulière des » élus de son parti » alors que les deux ministères, soit celui de l’Education nationale ou des Travaux publics ne sont pas gérés par des ministres de sa formation. Pis, selon Belkhdem, le retour de la stabilité politique au pays » est lié au retour du FLN au pouvoir. » d’un revers de la main, il a évacué tous ceux et celles qui ont donné de leur vie et de leurs efforts pour que la République demeure. Dixit les forces de sécurité, les intellectuelles, les structures sociales de l’Etat ou les journalistes.
Idem pour le tête de liste FLN à Boumerdès Hachemi Djiar, l’actuel ministre de la Communication qui en pleine campagne électorale, certains citoyens l’ont approché pour poser le problème de réception des radios et TV, H. M. Djiar a immédiatement contacté les responsables des télécommunications pour qu’ils prennent en charge le problème. Le même scénario a été vécu la veille par la population de Zaâtra dans la commune de Zemmouri pour le problème de la fermeture du bureau de poste. Son ouverture fut immédiate. Dans ce cas précis, l’on est en mesure de se demander si M. Djiar s’était déplacé en tant que candidat ou en tant de ministre de la République. Dans sa sortie, le candidat s’est même interrogé : « Quelle démocratie pour des ventres vides ! » et que ce sont là « les véritables droits de l’Homme », s’est-il écrié. Faire la problématique de cause à effet entre la démocratie, le ventre vide et les droits de l’Homme seraient pour le moins incompatible. Avoir le ventre plein ne signifie malheureusement pas s’en réjouir de ses droits car les droits de l’Homme dépassent le stade végétarien, sinon l’on ne peut plus distinguer l’homme de sa bête. Remettre en cause la démocratie parce qu’on a le ventre vide n’a plus de sens car ce sont justement ceux qu’ils en ont qui ont grandement milité pour les démocraties et les droits de l’Homme dans le monde. Peut-on alors parler de dérapages comme ce fut le cas pour les précédentes campagnes et qui ne ferait que démobiliser un électorat jadis, lassé par les promesses longtemps entretenues par ces partis ?
Yassine Mohellebi
