Le film des événements

L’on s’attendait à se rendre à Ouaguenoun, mais l’on a pris un autre chemin. Tout au long du chemin, l’on ne cessait de se poser des questions sur le lieu de notre destination. Nous avons pensé au dépôt d’une gerbe de fleurs pour la stèle d’Abane Ramdane ou l’inauguration du musée dédié à cet héros de la Révolution.

Le cortège en trombe, franchit la ville de Larbaâ Nath Irathen sans s’y arrêter. Le cortège franchit de nouveau la ville de Aïn El Hammam sans s’arrêter. Nous avons pris la route de l’Est menant vers Aït Yahia. Le cortège est formé d’une trentaine de voitures. A 8h 45 exactement, une déflagration assourdissante s’est produite. Toutes les voitures s’immobilisent brusquement. Sous l’effet de la surprise et dans le désordre régnant, l’on cherchait à comprendre de quoi il s’agit : « C’est une bombe, c’est une bombe ! », s’écrit Mokrane, le chargé de communication du wali. Nous ne savions plus quoi faire devant cette mauvaise surprise. On quitte vite les voitures, les uns pour se réfugier, d’autres pour connaître ce qui s’etait passé. La voiture du wali se trouvait en tête du cortège et nous à la queue du cortège Entre nous, nous devrons franchir une distance d’une soixantaine de mètres environs, formé par une multitude de virages. La ville de Aïn El Hammam est à environ 400 m derrière nous. Un épais nuage de fumée et de poussière montait au ciel. « C’est une attaque terroriste ! ». S’écriait-on. On commencait bien à comprendre qu’il s’agissait d’un attentat terroriste. Il fallait surtout faire preuve de sang-froid et être vigilant, car on craignait d’autres explosions et d’autre tirs d’armes, à feu. Puis ce fut le silence total On ne savait plus quoi faire. L’on n’entendait que les craquements de kalachnikov des manœuvres des services de sécurité qui nous accompagnaient. Sur la route, il y avait quelques habitations éparses autour du village L’inquiétude sur ce qui se passe autour de nous s’agrandit de plus en plus. Dans le désordre, nous aperçevons une vieille et un adolescent l’air affolé et qui marchaient à un rythme pressé. Ils viennent vers nous. « Qu’est-ce qu’il y a ? », leur a demandé Mokrane. « C’est une bombe qui a explosé au passage de la Touareg noire ! ». L’adolescent, qui a répondu, faisait allusion au 4×4 de couleur noire où se trouvait El Hocine Mazouz. « C’est le wali, c’est sûr qu’il s’agit de lui ! », interprétait avec affolement le jeune Mokrane. Puis, une idée pour vérifier. Il prend le téléphone et appelle la garde rapprochée du wali. Le téléphone indiqué que l’appareil du correspondant est éteint. Chacun de nous levait un regard désespéré vers l’autre. Chacun de nous pensait que tous les gens qui se trouvaient dans le véhicule du wali ont été décimés. Les visages deviennent pâles et abattus. Les premiers renforts arriverent, ce sont des blindés de la Gendarmerie nationale.

Nous décidons de nous approcher pour connaître de près la réalité. A mi-chemin, nous apercevons la voiture de la DEF de Tizi Ouzou. Nous lui avons fait signe de s’arrêter. « Salamat ! Salamat ! Tout le monde est sain et sauf. Il n’y a qu’un policier légèrement blessé ». Les paroles rassurantes de la directrice nous ont délivré d’une terrible angoisse. Tout au long de la chaussé, les services de sécurité braquaient leurs armes prêts à tirer sur tout ce qui bougeait. Nous continuons notre marche, la peur toujours au ventre, vers le lieu de l’attentat. Nous découvrant le lieu de l’emplacement de la bombe. Elle a été dissimulée dans une végétation d’un virage difficile à négocier. La chaussée en cet endroit est pleine de poussière et de terre, emportées par le souffle de la bombe. Le wali ainsi que d’autres personnalités ont été mis à l’abri dans la demeure d’un particulier, se trouvant à une quarantaine de mètres de l’explosion.

Le pare-brise de la voiture de police a été endommagé, la voiture est couverte par un tas de gravats et de poussière. Les corps de deux policiers sont aussi couverts de poussière qui nous rappellent les images de l’attentat du 11 septembre 2001 aux USA.

La voiture du wali a échappé de justesse et on aurait pu aussi la confondre avec la voiture de service de la DTP.

Après une immobilisation de plusieurs dizaines de minutes, soit à 10h30 exactement, l’on a décidé de faire demi-tour vers Tizi Ouzou. Après avoir repris notre souffle au siège de la wilaya, et le blessé par mesure de précaution évacué à l’hôpital, l’on a décidé de poursuivre la mission du jour. A 11h05, le cortège quitte de nouveau le siège de la wilaya, pour une longue tournée à travers Ouaguenoun et Makouda.

Un accueil de fête et de liesse populaire leur a été réservé. Dans une belle ambiance, des chants d’enfants innocents, des youyous des vieilles, de la musique, des tambourins et des applaudissements qui nous ont fait oublier, pour un temps, le terrible scénario de l’attentat vécu.

Mourad Hammami