Une assemblée vermoulue

C’est un pathétique spectacle où cabotinent de piètres acteurs que donne à voir actuellement l’APN. Ce qui est censé être l’espace d’évolution de la fine fleur de notre panel politique voit en son sein l’effet de manche prendre le dessus sur la proposition de fond et le souci politicien submerger et effacer la raison d’être de cette noble institution, qui est la vocation législative. Ce doit sûrement être la seule assemblée au monde où le travail de coulisses se décline en plénière. La dernière représentation, parce que c’en est une, dont la trame devait être la discussion critique de la déclaration de politique générale du chef du gouvernement, met aux prises, dans des chamailleries qui tiennent plus des querelles de clocher que du débat politique, l’aréopage de députés, réduits à des porte-voix de prétentions partisanes à un rééquilibrage de la coalition, à un chef de gouvernement à qui les intervenants ne font rappeler que la qualité de chef de parti. Toute cette comédie est assumée par un Mokri du MSP qui explique le paradoxe de l’attitude oppositionnelle de son parti tout en étant présent à l’exécutif par le fait qu’après tout, ils sont minoritaires, ce qui, par un retour du balancier argumentaire, vide de son sens leur présence-même dans la coalition. De leur coté, les députés FLN, du moins en partie, n’ont pas réprimé leur pulsion profonde d’en découdre avec Ouyahia, en se braquant sur la vérité des chiffres, à défaut d’être porteurs d’une vérité de la conviction. La passe d’armes se poursuit dans un interminable défilé d’interventions où le défouloir le dispute à l’amuse-galerie, tout en sachant, députés, ministres et citoyens électeurs mêlés, qu’au bout du parcours, les plus virulents des escrimeurs critiques, de toutes obédiences, vont se placer en rangs serrés derrière la discipline de parti pour rivaliser à faire crépiter l’applaudimètre. Le plus navrant dans l’histoire, c’est que plus personne ne s’étonne de cette mascarade républicaine où une coquille vide fait office à la fois de tribune et d’auditoire du peuple, alors que ce dernier a placé sa maturité politique loin au-dessus de ces futilités faussement parlementaires. Cette mascarade républicaine qui met en scène une assemblée de pacotille éclabousse au premier chef l’idée même de la République, éclaboussure qui n’est pas pour encourager le citoyen à se bousculer au portillon de l’acte électoral. A moins que ce soit un acte référendaire pour dissoudre cette mascarade parlementaire, et la remplacer par un cheptel politique neuf.

Nadjib Stambouli