Une récré pour l’inquisition

La consœur de Liberté qui nous a rapporté l’information ce jeudi l’a appelée Amina,  » par commodité » précise-t-elle,  » car elle n’a pas souhaité révéler son identité de peur de représailles aussi bien de la part des élèves que de l’administration », « Amina » donc est prof de français et surtout une femme courageuse, voire téméraire au point où en sont les choses. Priée avec « gentillesse »- puisqu’ils lui auraient même donné du « Madame, s’il vous plaît » de renoncer à sa jupe et de se couvrir du hidjab de rigueur, elle a été tout bonnement relater les faits à son proviseur. Ce dernier, n’a apparemment pas été ébranlé outre mesure par la révélation de l’enseignante qui elle, avait déclaré que  » le ciel lui est tombé sur la tête » c’est pourquoi il a réagi  » calmement » en la conseillant de  » les gérer avec tact parce que le climat n’est pas propice aux sanctions. « 

On ne saura sans doute jamais si dans la tête du chef d’établissement, « gérer avec tact » signifie remettre sèchement à leur place des acnéïques fraîchement illuminés qui se sont cru en droit de moraliser leurs profs et de régenter leur vie. Ou alors il veut dire tout simplement qu’il faut céder à leur désirata en attendant que leurs ardeurs soient tempérées parce que, précision utile, la jupe de « Madame », ne froisserait leur sensibilité que pendant ramadhan. Et si monsieur le proviseur n’a pas été clair, il reste que la teneur de son propos semble plus proche de la première hypothèse que de la seconde. Par contre, il a été plus net dans l’argumentation:  » le climat n’est pas propice aux sanctions.  » On pensait que les sanctions accompagnaient naturellement les fautes et quand en plus il s’agit de dangereuses dérives comme c’est manifestement le cas, il n’est pas besoin de contexte idéal pour sévir avec toute la rigueur nécessaire. Mais voilà qu’on apprend à la faveur de cette inquisition qu’il y a un  » climat », une récréation-du genre à se prolonger fatalement-en quelque sorte, qui permet aux lycéens de sommer leurs profs d’aller se rhabiller. Normal, quand on ferme les yeux sur des élèves qui viennent en classe en qamis et babouches, il n’y a pas de raison qu’ils n’exigent pas, façon d’harmoniser le décor que le prof soit en hidjab. C’est justement le cas dans cette histoire et le prof de français n’y est pour rien, puisque manifestement l’administration de ce lycée d’Alger ne fait rien pour que de pareilles énormités n’arrivent pas dans son établissement mais fait tout pour que ça ne se sache pas. C’est ce qu’il faut comprendre entre les lignes du « climat qui n’est pas propice aux sanctions » et surtout de la  » peur des représailles de la part des élèves et de l’administration » qui ont obligé  » Amina » à la déclaration anonyme et à la précaution du pseudo. Elle doit savoir ce qu’elle encourt si elle venait à faire une déclaration publique sur l’existence de petites terreurs allergiques à la beauté. Elle a toutes les raisons d’avoir peur contrairement à d’autres collègues qui demandent aux élèves des bouchons en liège pour confondre ceux d’entre eux dont les parents consomment du vin ou les soumettent à l’interrogatoire pour savoir si papa et maman observent le jeûne ou non. « Amina » a résisté. Elle a même tenté d’en parler et c’est apparemment plus périlleux pour « sa réputation » et son avenir professionnele. Quand on redoute plus la terreur de son administration que celle des élèves dont on connaît l’appartenance des gourous et la nature « des sanctions » qu’ils préconisent, c’est que quelque chose d’indisciblement dangereux a gagné et s’est installée dans nos écoles. Puisque des lycéens, peuvent se conduire en petits caïds rédempteurs et leur proviseur est susceptible de « représailles » contre celle qui a subi leur fureur, si à Dieu ne plaise, elle venait à s’en plaindre, il n’y a plus de quoi s’etonner. Ce sont eux qui sont dans la  » normalité ». Parce qu’après tout, combien sont-elles des « Amina » à garder leur jupe face à la menace des ados et la lâcheté des « hommes » ?

S. L.

P-. S: Ghlamallah a la conscience tranquille. « Il y a certes des discours extrémistes dans les mosquées, mais… nous ne les autorisons, pas ». Quant à l’imam de l’Apréval, il aurait, selon toujours le ministre, « disparu ». Encore heureux que ce soit dans une prison et pas dans un maquis, comme le fils de Benhadj.

Salimlarouari@yahoo. fr