Mardi, jour de semaine tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Cependant, le citoyen lambda désirant emprunter un bus pour se rendre dans la capitale des Hamadites, à partir de la ville de Sidi Aïch, risque à ses dépens de voir « les étoiles en plein jour ». Et pour cause, le lieu aménagé, voire improvisé en arrêt de bus est bondé de monde. En guise d’arrêt, il n’y a que les bords de la RN 26 traversant le milieu de la ville : les fourgons et bus de transport de voyageurs vers les diverses destinations (Akbou, El Kseur, El Maten… Béjaïa) se disputent cet espace poussiéreux « encombrant » par moment la circulation routière…
Chaque fois qu’un bus de la ligne Sidi Aïch-Béjaïa s’arrête devant ce prétendu arrêt : des vagues de voyageurs : étudiants, femmes, travailleurs, personnes âgées, se précipitent, provoquant une bousculade devant les portières du véhicule. A l’intérieur du bus, tous les sièges sont déjà occupés, le receveur fait descendre l’excédent de voyageurs… Voyager dans ces conditions devient aléatoire, l’attente de certains dure souvent plusieurs heures, parfois toute la journée.
Les voyageurs arrivent de toute part, espérant gagner Béjaïa à partir de ce chef-lieu de daïra, bon nombre d’entre eux sont désappointés, à mesure que le temps passe, les effluves des gaz d’échappement et le soleil brûlent les yeux, provoquant le tournis… En attendant le passage d’un autre bus pour tenter encore leur chance de monter à « bord », certains à défaut de mieux, s’abritent à l’intérieur de la carcasse d’un immeuble, dont la construction n’a pas repris depuis des lustres, (disons au passage que l’esthétique d’une ville ne réside pas seulement dans la rénovation des trottoirs, d’ailleurs généralement occupés par les commerces et même par des voitures en stationnement !)
Au milieu de ce décor cauchemardesque où chacun se démène comme il peut, on enregistre quelques rixes, en l’occurrence certains riverains font remarquer aux voyageurs que l’endroit n’est pas prévu comme arrêt de bus. Un jeune homme excédé après plusieurs tentatives ratées de monter dans un bus, lance à son camarade : « En tous cas, moi je ne me laisserai pas brûler les ailes dans ce bled, je partirai pour l’Hexagone aussitôt que « mes papiers » seront prêts ».
Les voyageurs subissent, hiver comme été, les aléas inhérents à l’organisation défectueuse du transport, par le retard dans le règlement de leurs affaires courantes, les retards. quotidiens pour rejoindre leur lieu de travail. Les transporteurs eux ne sont pas mieux lotis, car il paraît qu’ils sont dans le collimateur des voleurs et trafiquants de véhicules, si l’on tient compte des deux vols de bus, enregistrés dernièrement, l’un à Chemini, l’autre à Tifra. Devant cette situation, faisant figure d’assommoir, les citoyens revendiquent une meilleure organisation du transport !
Nadir Youcef
